Erreur médicale: La fièvre monte

Publié le par Cohérence et Espoir 94

Samedi 27 Décembre 2008

Par Alice POUYAT et G.V.(avec Reuters)

L'infirmière, qui a administré une perfusion erronée à un enfant de trois ans décédé à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris, a été mise en examen vendredi soir pour "homicide involontaire". De son côté, Roselyne Bachelot dénonce "l'exploitation politique" de l'accident, répondant ainsi aux syndicats qui ont lié l'accident à la "politique de restriction des moyens" donnés aux hôpitaux.



L'infirmière, qui a reconnu avoir administré une perfusion erronée à Ilyès, un enfant de trois ans admis pour une simple angine et décédé mercredi à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris, a été mise en examen vendredi soir pour "homicide involontaire" et placée sous contrôle judiciaire. Elle est sous le coup d'une interdiction provisoire d'exercer son métier et ne pourra pas fréquenter son hôpital avant la fin de la procédure. Roselyne Bachelot a également demandé un rapport à la DDASS et un audit interne a été lancé par l'AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), pour faire la lumière sur les causes de ce tragique accident, mais aussi pour tenter de mettre fin à la polémique qui enflamme le monde de la santé.



Sur RTL vendredi, la ministre de la Santé s'est insurgée contre "l'agitation médiatique et l'exploitation politique honteuse" de ce drame. Elle répondait aux voix qui dénoncent, à l'occasion de cet accident, la politique du gouvernement en matière de santé publique. Le président de l'Association des médecins urgentistes (AMUF) Patrick Pelloux a notamment réclamé jeudi la démission de la ministre. Son syndicat avait lancé début décembre une grève symbolique pour souligner le manque de crédits pouvant mettre en danger, selon lui, "la sécurité des patients".



Manque de moyens à l'hôpital?


"Le contexte actuel des hôpitaux, soumis à des tensions que dénoncent depuis longtemps nombre d'organisations professionnelles et syndicales ne peut malheureusement qu'accroître ce risque professionnel", écrit le Syndicat national des praticiens hospitaliers (SNPH) dans un communiqué. "Les professionnels de santé travaillent chaque jour sur la corde raide (...) Le personnel est à bout, les heures supplémentaires s'enchaînent. Toutes les conditions d'un tel drame étaient réunies", renchérit la fédération CGT. Des critiques appuyées par le Parti socialiste et Bertrand Delanoë pour qui "cette tragédie confirme la nécessité de renforcer les conditions de fonctionnement de l'hôpital public".



Une polémique également alimentée par la famille du petit Ilyes, reprochant à l'hôpital de ne pas avoir réagi assez vite. "J'ai fait le tour, il n' y avait pas un seul infirmier. Et, quand ils sont venus, ils m'ont dit 'arrêtez de vous affoler Monsieur, votre fils n'a rien'", a déclaré son père sur France info. "Après, quand ils ont vu la gravité de l'affaire, ils sont partis dans tous les sens appeler les médecins et c'était moi qui faisait des réanimations cardiaques à mon fils".



"Bien sûr notre système hospitalier a besoin de réformes profondes, mais il ne faut pas exploiter ce drame épouvantable à des fins politiques", rétorque Roselyne Bachelot. Dans une interview au Parisien, la ministre souligne également que l'enfant n'a pas été admis aux urgences mais dans un service de pédiatrie générale qui ne semblait pas manquer de personnel. Selon les premiers éléments de l'enquête, le soir du 24 décembre, le service comptait sept soignants, dont trois infirmières, pour douze enfants malades.


Le chlorure de magnésium pas à sa place?


Reste encore à comprendre comment l'erreur médicale a pu se produire. Première en cause: Sylvie F, l'infirmière qui aurait administré à l'enfant du chlorure de magnésium au lieu d'un sérum glucosé. Ce produit n'est en principe pas dangereux, mais placé en perfusion à forte dose sur un patient si jeune, son usage peut être fatal. Cette infirmière, qui a onze ans d'expérience et dont la hiérarchie vante le professionnalisme, a aussitôt reconnu son erreur, ce qui d'ailleurs alimenté les critiques sur son maintien en garde à vue pendant 48 heures, de mercredi soir à vendredi soir.


Une décision "disproportionnée", estimaient vendredi les syndicats, le PS, mais aussi certains membres de la majorité.



Mais l'infirmière ne sera peut-être pas la seule poursuivie dans cette affaire. Les enquêteurs s'interrogent notamment sur la présence de chlorure de magnésium dans la pharmacie du service, qui n'aurait apparemment pas du se trouver là. La confusion de l'infirmière pourrait aussi s'expliquer par l'étiquetage peu lisible du médicament en question. L'enquête en cours et les nouvelles auditions attendues devront déterminer toutes les étapes de l'enchaînement qui a été fatal à l'enfant.

Publié dans Politique Sociale

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