Quelques commentaires sur les régionales dans le 94

Publié le par Cohérence et Espoir 94

Quelques commentaires sur les élections régionales de 2004 et de 2010 dans le Val de Marne

1°) Corps électoral
Le corps électoral est passé entre 2004 et 2010 de 689.565 à 757.712, soit 8,99% en plus.
L’ensemble du département augmente aux environs de 10% de plus. Ce fort mouvement est certainement lié à l’élection présidentielle de 2007 et au souvenir du traumatisme de 2001 avec la présence de Le Pen au second tour.
Le mouvement ne peut pas spécialement être lié à un côté politique marqué. Symboliquement, les villes avec la plus forte augmentation et la plus faible sont deux villes à direction communiste : Valenton et Chevilly-Larue. Par ailleurs, il n’est pas vraiment possible de désigner un axe géographique ou politique quelconque à ce niveau.

L’abstention
La différence la plus grande entre les deux élections régionales de 2004 et de 2010 est le taux de participation. En effet, en 2004, le taux de participation départementale était de 59,97%, Alors qu’en 2010, il ne s’est plus élevé qu’à 42,90% au premier tour, soit 17,07% de moins. Comme en 2004, il y a un léger sursaut de la participation puisque celle-ci s’élève à 46,11% (+ 3,21%) au 2ème tour de 2010  Mais il avait été plus fort en 2004 avec 3,94% de mieux.

Il a été beaucoup dit qu’à l’abstention traditionnelle des quartiers populaires se serait ajoutée une abstention de caractère politique de la droite. S’il paraît tout à fait plausible que l’électorat de la droite ne se soit manifestement pas mobilisé, celui de la gauche ne l’a pas fait non plus. Et en tirer l’idée que la victoire de la gauche serait due à une simple abstention de la droite mécontente de « l’ouverture à gauche » et soucieuse d’un « retour aux fondamentaux » semble quelque peu osé, voire « acadabrantesque ».

En 2004 au 1er tour, sur les 10 villes qui avaient voté le plus, 8 étaient dirigées par la droite et seules deux étaient socialistes  (Noiseau et L’Haÿ les Roses), ce qui est la même chose en 2010 (avec Noiseau et Cachan comme villes socialistes).

Par contre, dans les 10 villes votant le moins, nous retrouvons en 2004 9 villes de gauche (5 PC, 3 PS et 1 DG) et une de droite (Bry sur Marne), comme en 2010 (Chennevières remplaçant Bry sur Marne).

En 2004 comme en 2010, au deuxième tour, le même schéma est valable pour les 10 villes ayant le plus voté comme pour les villes ayant le moins voté.

Par ailleurs, si nous considérons les 10 villes ayant le plus augmenté leur abstention entre 2004 et 2010, nous avons 4 villes à direction communiste (Valenton, VSG, Bonneuil, Champigny, 2 villes socialistes (Créteil, Ablon), 1 ville DG (Arcueil) et 3 villes de droite (Périgny, ST-Maurice et Villeneuve le Roi).
Quant aux 10 villes ayant le moins de baisse de participation il y en a 6 de droite (ST-Maur, Bry sur Marne, Joinville, Maisons-Alfort, Sucy en Brie, Ormesson) et 4 communistes (Chevilly, Ivry,  Villejuif, Fontenay).

Ces constatations amènent à penser qu’autant l’électorat de gauche que de droite s’est abstenu.



Analyse par listes

Examinons maintenant par listes ou groupe de listes

L’extrême-gauche
Contrairement à ses habitudes, l’extrême-gauche s’était présentée en 2004 unie avec une liste LO-LCR. Cette fois-ci, l’extrême-gauche présentait deux listes (NPA et LO) et il y avait une liste communautariste qui se déclinait sur un mode humoristique et une thématique nettement de gauche. C’est pourquoi je l’ai groupée avec l’extrême-gauche.

C’est le NPA qui a drainé le plus de voix (un peu plus de 5%). Les trois listes ont obtenu 14610 et 4,62% en 2010 contre 17.308 voix et 4,31% en 2004. Ce qui signifie un très léger progrès. Cet étiage correspond également aux résultats des européennes de 2009.
Notons que l’extrême-gauche fait ses meilleurs scores dans les villes PCF en 2004 et 2010. Trois situations spécifiques : celle d’Orly qui déjà était à 6,34% et qui atteint aujourd’hui 10,08% qui est due à une activité associative importante axée sur les « sans » avec le soutien actif de la section du PCF local et une emprise d’un vote communautariste. A Fresnes, où des luttes concernant la sécurité sociale et … autres ( ?) et à Choisy pour les mêmes raisons qu’à Orly.
Sans surprise, ce vote est le plus faible dans les villes de droite, notamment rurales dans le plateau Briard

Le Front de Gauche
L’alliance du PCF et du Parti de Gauche devait être pour ces auteurs un moyen de conquête de l’opinion de gauche face au PS ; Dans cette campagne, l’objectif ambitieux de la phrase précédente s’est transformé en une bataille pour contrôler l’électorat protestataire face au NPA.

Le Front de gauche obtient finalement 10,77% en 2010 (contre 10,43% en 2004), soit un très modeste gain de 0,34% et une perte en voix de 7818. Il est en progression de 1,27% sur les élections européennes de 2009.
Si dans certains bastions PCF, il y a vraiment une hausse du vote communiste (Bonneuil, VSG, Gentilly, Valenton) a contrario, il y a une chute certaine dans d’autres communes, particulièrement les villes Divers Gauche (Orly –5,01%, Limeil –3,64% et Arcueil  -2,32%).
Le résultat le plus frappant est la contre-performance de Limeil-Brévannes dont le maire Joseph Rossignol est membre du Parti de Gauche (seul du 94).
De plus, à Orly comme à Villeneuve le Roi  (–4,45%). les divisions internes ont beaucoup joué.

Il n’en reste pas moins que le FG comme le PCF (donc en 2004 comme en 2010) ne  dépasse les 10% que dans 16/17 communes, est entre 5% et 10,00% dans 18/19 et se trouve en deça de 5% dans 13 communes. Le fait que le PCF soit la force dirigeante du Conseil Général peut être considéré comme une bizarrerie que son statut quasi-solitaire  en France (avec l’Allier) a peine à justifier.

Dans le bloc protestataire, le FG a deux fois plus de pourcentage que l’extrême-gauche, mais les deux tendances augmentent chacune  de 0,30% avec un total de 15,78% en 2010. 
 

Tournons-nous maintenant vers ce que j’appelle le Bloc Réformiste. En 2004, il y avait une liste unie PS-Vert alors qu’en 2010, les socialistes présentaient une liste de rassemblement et Europe-Ecologie regroupait les Verts et leurs alliés.

Il ne peut donc y avoir de comparaison objective que si nous regroupons le score des deux listes en 2010 pour le comparer à celui de 2004. En un second temps, nous aurons à voir le rapport de force électoral entre les deux listes, riche d’enseignements.

En 2004, la liste PS-Verts obtenait 125.569 voix et 31,51%. Cette fois-ci, les deux listes recueillent 131.156 voix et 41,59%, soit 5.089 voix et 10,08% de plus. Ce résultat est un peu meilleur qu’au niveau régional (9,99%). Cette avance en voix sur 2004 est exceptionnelle alors que le taux de participation est inférieur de près de 18% !

Il n’y avait pas de véritable surprise en 2004 sur la position de la liste PS/Verts dans les villes du département : en gros, les villes PS et DG en tête, les villes PCF  en milieu et les villes de droite en arrière. Déjà, les scores de Boissy, de Villiers et à une moindre mesure de Gentilly, Joinville et de Vincennes laissaient présager des évolutions.

Le PS

Tournons-nous maintenant sur les résultats de la liste Huchon du premier tour de 2010.
Elle était déjà un rassemblement autour de PS avec le MRC, le PRG et le MUP de Robert Hue.

Quelques villes réalisent le tour de force d’obtenir un pourcentage supérieur pour ce rassemblement que la liste PS/Verts de 2004. Il s’agit d’Ablon, de Villeneuve-le-Roi, Rungis, Orly,  Valenton et l’Haÿ-les Roses. Elles sont toutes localisées dans la même partie du département, mais également bénéficient d’éléments d’entraînement local. Par contre, les 5 villes où la liste perd le plus par rapport à 2004 (plus de 10%) sont toutes des communes de droite où le vote écologiste a été fort. 

Entre les deux élections, les villes où le vote PS a été le plus fort ne changent pas beaucoup. Ce sont des villes socialistes (Alfortville, Créteil, Cachan, l’Haÿ les Roses, Fresnes), mais aussi MRC (Le KB), DG (Orly), et même en 2010 une ville avec une municipalité de Droite (Villeneuve le Roi).qui obtiennent au moins 30%. Par contre, dans les 15 villes où la liste réalise les plus mauvais scores sont toutes de droite à l’exception d’une seule (PCF). Le PS peut-être donc considéré comme le grand parti de la Gauche à la suite de l’affaiblissement du PCF.
Ces résultats remarquables sont d’autant plus une réussite que moins d’un an avant, le PS avait connu un résultat douloureux aux élection s européennes de 2009 où le PS n’avait obtenu que 13,68%.

Les Ecologistes
Très intéressants sont les résultats d’Europe-Ecologie. C’était le premier scrutin après les européennes où la liste menée par Daniel Cohn-Bendit s’était élevée à 61.585 voix et 20,22%..Cette fois-ci, en dépit d’une participation plus importante (46,04% au lieu de 40,84%), la liste d’Europe-Ecologie réalise 51.085 voix  et 16,14%. L’autre liste écologiste, l’Alliance Ecologiste Indépendante, qui refuse de choisir entre la droite et la gauche, est également en baisse (1,29% au lieu de 3,22% ). Cette dernière liste avait obtenu 2,72% aux régionales de 2004.
Dépendants presque totalement, vu leur faible implantation  locale, de leur campagne nationale et des mass-médias, Europe-Ecologie avait été « boostée » lors des européennes par la situation nationale, la crise au sein du PS et la présence d’un leader charismatique : Daniel Cohn-Bendit. Le rassemblement autour de Martine Aubry, mais aussi sur bilan très bon des présidents de région, la campagne totalement à contre-temps de Nicolas Sarkozy et de François Bayrou, a favorisé la formation politique implantée et traditionnelle qu’est le PS.

Extrêmement intéressant est la répartition de ce vote écologiste. Il est assez fondamentalement sociologique et largement géographique, même si sa formation récente n’empêche pas une progression spectaculaire d’ensemble. Aux européennes de 2004, les Verts obtenaient 7,41% et CAP21  3,48% alors qu’aux européennes de 2009, ils atteignent 20,22% pour Europe Ecologie et 3,22% pour AEI.

Il correspond assez nettement au concept « Bobo ». En témoignent les résultats particulièrement remarquables des villes situées en bordure de Paris quelque que soit la tendance politique de la municipalité (Arcueil, Vincencennes, Gentilly, Cachan, ST-Mandé etc..). Pointons le succès de la seule ville du Val de Marne qui est un maire d’Europe-Ecologie, même si il est distancé par la liste Huchon. Dans le secteur du Sud-Est du 97département , les résultats sont contrastés. Par contre, le Sud-Ouest du département est particulièrement mauvais, y compris VSG dont Cécile DUFLOT est élue.
On comprend que cet électorat relativement aisé, peut se construire un univers indépendant du cadre politique de la commune où ils habitent.
Par contre, il est clair qu’Europe-Ecologie est nettement plus sensible aux phénomènes de mode et il est à peu près sûr que beaucoup de ses électeurs hésitent entre Europe-Ecologie, le MoDem et le PS.

La Gauche
L’ensemble de la gauche en 2004 totalisait au premier tour 185.774 voix et 46,25%. En 2010, cet ensemble atteint 180.347 voix et 56,97%, soit une perte de 5.427 voix, mais une progression de … 10,72% !

Dans cet ensemble, le bloc protestataire gagne 0,65%, mais perd 10.000 voix, tandis que le bloc réformiste gagne 5087 voix et 10,08%.
C’est donc dans l’avancée du bloc réformiste qu’il faut chercher les principaux vainqueurs. Et dans la compétition qui s’est établie entre la liste Huchon et Europe-Ecologie, l’ordre de tête s’est totalement inversé entre les européennes de 2009 et les régionales de 2010.
C’est cette donnée répétée dans toute l’Ile de France qui a d’ailleurs permis une fusion facile des listes de la Gauche « solidaire et écologiste » comme on dit maintenant.

C’est dans des villes exclusivement de gauche que l’augmentation des voix de gauche est la plus notoire.

La Droite
Tournons maintenant vers la droite, en commençant  par la Droite Républicaine :
Alors qu’en 2004, il y avait deux forces principales : l’UDF et l’UMP avec respectivement 15,00% et 22,17%, en 2010, l’UMP se retrouve seule à 24,24%, mais entourée de deux petis groupes très critiques à son encontre : le reste du MoDem à 4,05% et deux listes de « droite dure » à 4,42%. Le résultat final est une droite républicaine à 32,71% en 2010 au lieu de 38,17% en 2004 (- 5,46%). Mais bien sûr, c’est le résultat en voix qui montre l’ampleur du phénomène. Alors que la droite gouvernementale obtenait 153.283 voix en 2004 et n’en obtient plus aujourd’hui que 103.547.
Saluons quand –même pour l’anecdote l’exploit d’un village (Santeny) peuplé d’irréductibles  gaulois qui a trouvé le moyen de voter en pourcentage plus pour la droite en 2010 qu’en 2004 

Sur le plan départemental, il y a une adéquation presque totale entre la coloration de la municipalité et le résultat de la droite : seuls, Boissy-ST-Léger et Villiers faisaient plus mal  pour la droite que dans des municipalités de gauche en 2004. 8 villes dépassaient 50% pour la droite républicaine, 13 villes dépassaient les 40%, toutes à droite. Seules Thiais, Villiers et Boissy ST-Léger  faisaient exception à moins de 40%.

En 2010, seul Santeny fait plus de 50%, 14 dépassent les 40%, 5 sont entre 36% et 40%. Là Villiers et Villeneuve-le-Roi font exception avec respectivement 31,89% et 28,17%.

Si nous regardons les pertes de la Droite Républicaine en pourcentage, nous nous apercevons que les communes qui ont le plus résisté à la baisse spectaculaire sont plus rurales et éloignées de Paris, notamment sur le Plateau Briard, tandis qu’à l’encontre ce sont les communes peuplées du nord-est Val de Marnais proches de la capitale qui abandonnent le plus d’électeurs : ST-Maur  Maisons-Alfort, Saint-Mandé, ST-Maurice, Nogent et Vincennes qui toutes dépassent les 7% de perte. Sans surprise, ce sont trois communes proches de Paris où la droite républicaine recule le plus (Le Kremlin-Bicêtre, Cachan et Alfortville).

L’Extrême-Droite
On a beaucoup glosé sur le retour en force du Front National suite au débat sur l’identité nationale et la crise. Il paraît évident que ces thèmes ont pu jouer sur une partie des électeurs de l’extrême-droite. Mais il ne faudrait pas l’exagérer.
En effet, le Front national n’a récupéré qu’une faible partie de l’électorat qu’il a perdu après 2002.

En 2004, il avait du subir la concurrence de la dissidence maigretiste. Cette fois-ci, il était la seule liste d’extrême-droite.

En 2004, l’extrême droite atteignait encore 51.631 voix et 12,85%. En 2010, le FN rassemble 28.557 voix et 9,05%. C’est à dire une perte de 23.074 voix et de 3,83%. C’est plus le résultat en creux de la droite républicaine qui accentue le phénomène de remontée du FN.

Par contre, la répartition géographique du vote d’extrême-droite est pleine d’enseignement. Elle n’a pas changé depuis 2004. Toutes les communes où l’extrême-droite obtenait ses meilleurs résultats en 2004 (+ de 14,50%) se trouvent dans le sud du département,. C’est le même cas en 2010 avec un résultat de plus de 10% avec une exception qui confirme la règle : celle de Maisons-Alfort.

L’inverse n’est pas exact. C’est à dire que les villes où l’extrême-droite en 2004 et le FN en 2010 ne sont pas toutes les villes du Nord du département. Certes, Vincennes et ST-Mandé sont les plus rétives à ce vote, moin s de 10% en 2004, moins de 6,50% cette fois-ci, Dans les 10 villes votant le moins à l’extrême-droite, Nogent, Charenton, ST-Maurice, Marolles, Rungis complètent le tableau, mais aussi de villes de gauche (Ivry et Fontenay dès 2004), rejointes cette fois-ci par Fresnes, Cachan et Gentilly qui ne sont pas toutes au nord du département.

Il est naturel, et surtout réjouissant que le FN recule le plus dans les communes où il prospérait le plus : Villeneuve Saint-Georges, Villeneuve-le-Roi, Ablon,, sur le Plateau Briard (Santeny, Marolles, Villecresnes), mais aussi dans des villes communistes (Gentilly, Bonneuil, Choisy, Vitry).
Là où il recule le moins sont les villes de droite où son influence était faible, ce qui est somme toute normal.
Cela dit, le ventre de la bête est encore fécond puisque le FN recueille 10.000 voix de plus qu’aux européennes.

Les commentaires sur l’ensemble sont similaires à ceux déjà indiqués pour l’analyse des résultats de la droite républicaine, sauf que les chiffres sont encore accrus.

Par ailleurs, observons que la droite dans un contexte où la politique gouvernementale était l’objet de toutes les critiques, ne pouvait s’appuyer que son réseau local. On mesure là la très grande erreur de Nicolas Sarkozy quand il a décidé au début de la campagne de la « nationaliser », même si le très bon bilan des régions socialistes ne laissait que peu de place à une campagne de terrain.

Le second tour
La campagne de l’entre deux-tours va être dominée tout d’aabord par les réactions aux résultats du premier tour. Alors que tout a indiqué une victoire de la Gauche au premier tour, la droite va s’enfoncer dans un déni global , dans une attitude autiste et rigide du plus mauvais effet. Privé de toute possibilité de fusion, l’UMP présente ses listes sans changement.
Par contre, la Gauche entame son processus de fusion, démontrant sa capacité de dialogue et de changement, aboutissant finalement, malgré quelques couacs, à une fusion à peu près complète partout (avec deux régions qui font exception (Bretagne et Limousin) et une où la gauche officielle n’est pas représentée (Languedoc-Roussillon).

La participation électorale progresse de 3,22% en 2010 contre 3,94% en 2004. Comme en  2004 ce sont les villes de droite qui votent le plus alors que les villes de gauche s’abstiennent le plus. Par contre, il est vrai que la participation dans un certain nombre de villes de droite a baissé plus qu’ailleurs. Mais cela ne peut être présenté comme une explication de la victoire de la gauche.

Le deuxième tour mettra aux prises les listes de la Gauche et celle de la Droite, un grand classique de la 5ème République. L’absence de toute liste alternative à l’inverse de 2004 où le FN avait pu se maintenir permet d’avoir une bataille simple et claire où, reconnaissons-le, la gauche excelle.
C’était de plus une bonne occasion d’observer la mécanique de rassemblement avec à gauche, si la gauche dépassait le résultat de toutes les listes cumulées du premier tour et à droite, dans quelle mesure l’UMP récupérerait le score des listes de de droite et d’extrême droite. 

Au total, la gauche rassemble au second tour 203.720 voix et 61,20% contre 180.347 voix et 56,97% une semaine auparavant. Ce progrès de 23.373 voix et de 4,23% montre véritablement un progrès significatif.
La droite passe de 132.104 voix  et 41,73% à 129.143 voix et 38 ?80%, soit une perte de 2.961 voix  et de 2,94%. Cette perte est là, surtout en voix, assez faible.

Le nombre de voix gagné par la gauche et perdu par la droite doit être supérieur, car il faut tenir de ce que j’appelle les  « transferts invisibles » c’est à dire des votants du premier tour abstentionnistes au deuxième tour et vice-versa.

Le report des voix des listes de gauche semble avoir été presque parfait et par ailleurs, un grand nolmbre des 24.307 nouveaux électeurs semblent avoir voté à gauche

Par contre à droite, la perte de 2.961 voix correspond à une fraction assez faible des voix s’étant porté sur  les listes de droite du premier tour

Le score obtenu par la gauche  au deuxième tour est cependant assez exceptionnel, puisque 10 communes dépassent les 70% (toutes de gauche), 14 communes sont entre 60 et 70% dont deux de droite (Villeneuve-le-Roi et Villiers) . Toutes les villes de gauche dépassent les 55% et seules 9 communes de droite donnent la majorité à la droite au deuxième tour.

Quelques commentaires sur les élections régionales de 2010 (2)

Tournons-nous maintenant vers l’analyse par catégorie :

Les villes par tendance de la municipalité

Les municipalités PS
Les municipalités socialistes sont au nombre de 8, ce qui est assez peu compte tenu du rôle de première force politique du département. Depuis 2008, deux nouvelles municipalités se sont adjointes au lot : Boissy  et Ablon. La population électorale de 8 communes est de 135.408 inscrits. Au premier tour de 2010, seuls 41 ,52% des électeurs se sont rendus aux urnes et au second tour 44,92%. C’est une perte par rapport à 2004 de 18,33% au premier tour et  19,21% au second tour.
 
La comparaison avec 2004 est rendue un peu plus difficile puisque le PS faisait liste commune avec les Verts à cette époque.

La liste PS-Verts de 2004 avait rassemblé  26,843 voix et 38,41%, la gauche dans son ensemble regroupait dans ces communes 35.353 voix et 50,58%. A l’époque, Ablon avait voté comme une ville de droite.
La liste réalisait donc dans ces villes entre 26,91% et 39,96% et la gauche entière entre 36,49% (Ablon) et 52,34%.

En 2010, les deux listes Huchon et Duflot obtiennent 26.907 voix et 49,18% (+10,67%) dont 18.344 et 33,54% pour la liste Huchon. La gauche dans son ensemble atteint 34,231 voix et 62,57% (+11,99%).
Le score de la liste Huchon à ce premier tour évolue entre 28,24% et 37,99%, les résultats cumulés des listes Huchon et Duflot entre 40,72% et 53,25%. Enfin, la gauche en totalité réalise dans ces villes entre 49,81%  et 66,44%. Ablon reste à quelques voix au dessous des 50%, mais réalise une progression spectaculaire de plus de 13%.

Ce qui est à remarquer est que dans toutes ces villes, il n’y a pas de concurrence entre partis de gauche et que le vrai débat est entre la Gauche et la Droite.

Au deuxième tour de 2004, la gauche rassemblée atteignait 43.085 voix et 57,33%.Il y avait eu une très forte dynamique en faveur de la gauche.
Dans les communes étudiées, le score de la liste de Gauche évoluait entre 42,28% (Ablon) et 60,17%. Toutes ces villes, à l’exception d’Ablon, dépassaient les 50%.

A celui de 2010, la gauche « solidaire et écologiste » obtient 39.224 voix et 67,55% (+10,22%), avec une avancée un peu moins importante entre les deux tours, mais très confortable (+4,98%). Cette fois-ci, les scores évoluent entre 56,41%  et 71,27%. Toutes ces villes sont à plus de 60%, à l’exception d’Ablon. 

Les villes communistes
Dans les 12 villes communistes, comptant au total 247.010 électeurs inscrits, n’ont compté que 40,41% de votants au premier tour de 2010 et 43,48% au second tour. Entre les deux votes, le PCF a récupéré la municipalité de Villeneuve-Saint-Georges.

La liste PS/Verts de 2004 était en tête dans toutes les municipalités communistes, mais ne permet pas une comparaison réelle et objective avec 2010 entre PS et PCF.

La liste du PCF réalisait en 2004 dans ces villes 24 .553 voix et 19,62%. Celle du Front de gauche rassemble en 2010 20.550 voix et 21,16%. Cette baisse en voix et cette progression globale en pourcentage cache des disparités importantes.

Si Bonneuil, Champigny, Villeneuve Saint-Georges, Valenton et Gentilly augmentent leur pourcentage pour le Front de Gauche de plus de 3%, Choisy, Ivry et Villejuif baissent en pourcentage.

En 2004, le PCF avait 3 de ces  villes à moins de 15%, 3 entre 15 et 20%, 4 entre 20 et 25% et 2 à plus de 25%.
En 2010, le FG garde 3 villes à moins de 15%, 3 entre 15 à 20%, 1 entre 20 et 25%, 4 entre 25 et 30% et même une à peu de plus de 30%. Comme le montre l’augmentation en pourcentage, la situation semble au plan électoral un peu meilleure.
Cependant, les dissensions internes, la défaite électorale du maire de Limeil et l’absence quasi-totale de municipalité gagnable pour le PCF plombent l’avenir du parti.

En 2010, la liste du Front de gauche dépasse la liste Huchon dans 4‘municipalités sur  les  12 municipalités communistes (Valenton, Bonneuil, Ivry et Champigny). Gentilly est à 0 ,08% de différence. Toutes ces villes sont à plus de 25%.
3 villes évoluent entre 18 à 20% et la liste PS la dépasse de 5 à 8% (Vitry, Villejuif et Fontenay).
Enfin, dans 4 villes (VSG, Choisy, Chevilly et La Queue en Brie, le Front de Gauche est entre 12,50 et 15,31% et la liste Huchon est à plus de 10% devant.
Dans deux villes, Choisy et la Queue en Brie, Europe-Ecologie est devant le FG.

Notons cependant avant de rêver à de futures conquêtes du PS qu’elles ne pourraient se faire que dans le cadre d’une alliance avec Europe-Ecologie, puisque le total cumulé des listes du FG, de l’extrême gauche et d’Europe-Ecologie dépasse nettement les résultats du PS.

C’est pourquoi il est nécessaire d’avoir une stratégie fédérale en liaison constante avec les sections, seul moyen d’avancer.

Les villes DG ou autre Gauche
Il y a 4 villes sur le 94 dirigées par des maires d’autre formation de gauche : ce sont Le Arcueil, le Kremlin-Bicêtre, Limeil-Brevannes et Orly.
3 de ces 4 maires sont également conseillers généraux et ils ont fondé un groupe appelé « Gauche Citoyenne » au Conseil Général.
Il est intéressant de constater qu’ils ont pris des positions différentes lors des élections régionales  que nous devons analyser au cas par cas.

Le cas le plus simple est celui de Jean-Luc Laurent, maire du KB.
Depuis 2004, Jean-Luc Laurent a choisi de figurer sur la liste de Jean-Paul Huchon.

En 2004, la liste PS/Verts obtenait au premier tour 38,33% sur un total à gauche de 50,89%. Au second tour, la gauche obtenait 56,77%.


En 2010, au premier tour, les liste PS et écologiste recueillaient ensemble 50,76% (dont 34,47% pour la liste Huchon) et 64,72% pour la gauche ensemble. Au deuxième tour, la gauche monte à  70,20%.
Le FG reste malgré une petite poussée à moins de 10% (8,79%) et les écologistes sont à leur moyenne départementale (16,29%).

Le cas d’Orly est bien spécifique :

Au plan des listes, le PCF qui avait un conseiller régional sortant depuis 1992, Alain Girard ne le présente plus et donc aucun orlysien ne sera sur cette liste.
Pour la première fois,  deux socialistes figurent sur la liste Huchon.

Gaston Viens, maire honoraire d’Orly, prend position pour la liste Huchon, comme en 1998 et en 2004, lorsqu’il était maire d’Orly.
Par contre, Christine Janodet, la nouvelle maire d’Orly, ne prend pas position pour la liste Huchon, mais appelle à voter pour une liste de gauche et organise symboliquement au début de campagne, un débat entre les trois têtes de liste de la gauche gestionnaire de la région le 4 Février 2010. 

En 2004, au premier tour, la liste PS-Verts avait réalisé 32,75% et la liste du PCF 18,25%. L’extrême-gauche avait 6,34%. Il est à remarquer que le total de la Gauche atteignait 57,34%, soit moins qu’en 1998 (59,22%).

En 2010, au premier tour, la liste Huchon obtient 34,52%, la liste du Front de Gauche 13,24% la liste Europe-Ecologie 11,07% et les listes d’extrême-gauche 10,08%, soit un total pour toute la gauche de 68,90%
Cette progression est de 11,56%, mais cache une très grande disparité de résultats entre les listes.
La liste Huchon réussit « l’exploit » de dépasser à elle seule le pourcentage de la liste PS-Verts de 2004 (34,52% contre 32,75%) et réalise le troisième résultat du département pour la liste Huchon.. Les deux listes cumulées obtiennent 45,59%, soit +12,74%).
Victime de ses divisions internes, de sa campagne animée par le seul Alain Girard et de la concurrence de l’extrême-gauche, le Front de gauche est le grand perdant avec –5,01%.(de 18,25% à 13,24%.
La liste d’Europe-Ecologie recule de près de 4% par rapport aux européennes ; réalisant un des résultats les plus bas du département avec 11,07%.
Par contre, les trois listes d’extrême-gauche atteignent 10,08% soit le résultat le plus haut du département. Manifestement, les campagnes répétées de la section communiste sur des thématiques « gauchistes » ont porté leurs fruits.

Au deuxième tour de 2010, la liste de gauche atteint un score historique de 74,84% (+5,94% par rapport au premier tour) et dépasse de 11,89% celui du deuxième tour de 2004 (62,95%).
Il est évident que l’appel de Christine Janodet en faveur de la liste de la gauche a certainement joué un grand rôle.
Nous avons d’ailleurs à souligner la conjonction entre la politique de la maire au niveau local et celle du PS aux autres niveaux.

Le maire d’Arcueil, Daniel Breuiller, ancien communiste, a fait le choix d’Europe-Ecologie, comme Jacques Perreux et d’autres, devenant donc le seul maire d’Europe-Ecologie du département.

En 2004, la liste PS/Verts avait réalisé 36,55%, Le PCF 18,55% et l’extrême gauche 6,17% pour un total de gauche de 61,71% (3 ème ville du département à ce niveau).
Au deuxième tour, la liste de la gauche atteignait 67,91%, soit un gain de 10,20%

En 2010, la liste Huchon réalise 27,05%, celle d’Europe-Ecologie 22,15%, celle du FG 16,67% et l’extrême gauche 5,34% pour un total de 71,21%.  Le total des deux listes PS et Ecologistes est de 49,20% (+12,65% sur 2004).
Les deux listes ont toutes les raisons d’être satisfaites, le PS par sa première place parce que cela n’est jamais facile d’y être lorsque le maire de la commune prend parti pour une autre liste et Europe-Ecologie qui obtient son meilleur résultat de tout le département.
La liste du FG s’en tire relativement bien face à ce duel eu sommet avec 16,67% (-1,88%).
L’extrême gauche est en baisse avec –0,73%.

Au deuxième tour, la liste de gauche 76,28%, soit un progrès de 5,07%  sur le premier tour de 2010 et de 8,37% sur le deuxième tour de 2004. La ville compte d’autre part un conseiller régional socialiste en la personne de Denis Weisser ce qui souligne nos respônsabilités à l’avenir.

Enfin, le cas de Limeil-Brevannes est particulièrement significatif.
Joseph Rossignol, maire de Limeil, est le seul maire du Parti de Gauche du département. Il a pris parti pour le Front de Gauche.

En 2004, la liste PS/Verts rassemblait 29,58%,  le PCF 13,24%, l’extrême gauche
5,72% sur un total pour la gauche de 48,49%.
Au deuxième tour, la liste de gauche obtenait 53,86% soit +5,37%.

En 2010, au premier tour la liste Huchon atteint 26,95%, la liste Europe-Ecologie 14,24%, le FG … 9,60% et l’extrême gauche 5,60% sur un total à gauche de 56,38%.
Au deuxième, la liste de gauche obtient 64,06% (7,68%).

Le principal enseignement est la baisse assez incroyable du Front de Gauche alors qu’il bénéficiait du soutien du maire !

Bien évidemment, cette contre-performance doit nous faire réfléchir par rapport à l’avenir de la commune et du canton.

Les communes de Droite
Dans les 23 communes de droite qui représentent 46,10% de la population électorale du département en 2010 (+3% par rapport à 2004), les tendances lors de ces élections sont très riches d’enseignements.

En 2004, la droite se divisait en trois forces inégales, mais importantes. L’UMP obtenait 54.913 voix et 30,12%, l’UDF 33.840 et 18,34% et l’extrême droite (principalement le FN) 22.297 voix et 12,23% sur un total à droite de 110.650 voix et 60,68%. Dans ces 23 villes de cette catégorie, seule Villeneuve-le-Roi faisait exception avec 49,38% (et Boissy-ST-Léger qui n’était pas encore tombée à gauche) , toutes les autres villes obtenaient la majorité absolue pour les listes de droite.

Toute autre est la situation lors de l’élection de 2010. La droite a une force hégémonique en son sein ; l’UMP, flanquée de deux petites forces à sa gauche et à sa droite et une force moyenne qui est le FN.

L’UMP recueille 47.848 voix et 32,74%, le MoDem ne retrouve que 6.545 voix et 4,48%, les listes  « à la droite de la droite » obtiennent 7.865 voix et 5,78% (avec une situation spécifique sur le Plateau Briard) et enfin le FN 13.397 voix et 9,17% sur un total de droite de 75.653 voix et 51,76%.

L’UMP est donc la seule formation de droite à augmenter très légèrement son pourcentage ( de 30,12% à 32,74% tout en perdant  7.045 voix.
Le FN comme le MoDem perdent largement et en voix et pourcentage.
La droite perd en définitive 34.997 et 8,92%.

C’est bien au premier tour que la droite a perdu l’élection régionale.

Alors qu’en 2004, le FN avait réussi à se qualifier pour le second tour, en 2010, le deuxième tour verra s’affronter les deux listes de la gauche et de la droite.
Mais contrairement à ce qu’on pouvait craindre pour la droite au 2ème tour, les configurations différentes  de 2004 et de 2010 n’ont eu, semble-t-il, aucune réelle incidence sur le résultat final du deuxième tour.

Au deuxième tour de 2004, les deux listes de la droite réunissaient 111.554 voix et 57,46%, soit 954 voix en plus, mais –3,22% en pourcentage.
A celui de 2010, la liste de droite regroupe 76.036voix et 49,86%, soit 486 voix en plus, mais perd 1,90%. Par rapport au deuxième tour de 2004, la perte en pourcentage est de 7,60% et 35.518 voix.

Le caractère « historique » est la victoire de la gauche au second tour de 2010 dans ces villes, même si ce renversement était déjà inscrit dès le premier tour. Il n’est pas dû à un  report faible, puisque la droite obtient 486 voix de plus que le total des voix du 1er tour, mais aux 8.140 voix de plus pour la gauche ! Le recul de la droite est d’ailleurs moins important dans les municipalités de droite (-1,93%) que la moyenne départementale (-2,93%). Par contre, la chute est plus importante dans des communes du sud du département, notamment au sud-est, alors qu’elle est contenue dans le nord-est, où le décrochage s’était déjà fait dès le premier tour.

Au final, seule une commune dépasse les 60% (Santeny), 3 villes sont entre 55% et 60%, 5 évoluent entre 50% et 55%, 10 entre 45% et 50% et 4 entre 40% et 45% (Joinville, Rungis, Villiers et Villeneuve-le-Roi). Il paraît tout à fait logique de concentrer un effort tout à fait important sur ces dernières pour les faire tomber dès les prochaines cantonales et municipales. 

 
Au total, Il ne fait pas de doute que seuls le PS et Europe-Ecologie peuvent légitiment nourrir des espoirs fondés de conquête de cantons et de municipalités. Mais c’est relativement impossible si les deux forces partent séparées et sans accords. C’est pourquoi il semble tout à fait nécessaire d’être largement ouverts à des accords départementaux qui nous permettraient de pouvoir conquérir nombre de cantons et de municipalités quelque soit leurs tendances politiques actuelles.

Publié dans Elections

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