Amendement Marini: prime aux boursicoteurs!

Publié le par Cohérence et Espoir 94






"Injustice sociale" ; "prime aux boursicoteurs" ; bienveillance envers les "spéculateurs". C'est en ces termes qu'a été accueilli un amendement au projet de loi de finance proposé par la sénateur de l'Oise, Philippe Marini, permettant de déduire des revenus 2009 les pertes liées au krach boursier.


Le texte, dévoilé par La Tribune samedi 6 décembre, devait être soumis lundi 8 décembre à l'examen du Sénat. Il offre aux épargnants ayant investi moins de 25 000 euros en Bourse, la possibilité de déduire jusqu'à 10 700 euros de moins-values boursières de leur déclaration de revenus 2009. Un moyen de payer moins d'impôts en 2010 et de soulager ceux qui ont fait les frais de la dégringolade de 47 % du CAC 40 depuis janvier.



Ce texte a "un objectif simple : s'adresser aux classes moyennes dont personne ne parle dans cette crise", explique son auteur Philippe Marini. Selon lui, beaucoup d'investisseurs en actions sont "des personnes âgées qui comptaient sur cette épargne pour payer leur maison de retraite, ou le permis de conduire du petit-fils. Ces gens là, il faut les aider", argue-t-il. Et le sénateur d'ajouter qu'"investir en actions, ce n'est pas jouer en Bourse, ce n'est pas quelque chose de sale !".



Mais si l'initiative a été jugée "excellente" par Colette Neuville, présidente de l'Association des actionnaires

minoritaires, "évitant à certains d'être dégoutés de la Bourse", le projet est loin de faire l'unanimité au sein de la classe politique.



"C'est quand même invraisemblable que ce soit aux boursicoteurs que l'on pense et pas du tout aux salariés victimes de cette spéculation", a réagi Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste interrogé, lundi 8 décembre, sur France-Info.



"FROMAGE ET DESSERT !"

Les représentants de l'UMP ont aussi émis des avis réservés au projet. Si Jean-François Copé, patron du groupe à l'Assemblée nationale, a qualifié l'idée de "séduisante", le tout nouveau ministre de la relance Patrick Devedjian, a été plus circonspect. "Je ne suis pas sûr que ce soit une idée formidable, que ce soit en tous les cas la priorité", a-t-il signalé sur RTL.



Chez les économistes, Nicolas Bouzou, du cabinet Asteres, est plus virulent. Selon lui, "il s'agit d'une régression sociale", car la mesure soulage ceux qui ont les moyens d'épargner, par définition les plus riches. L'amendement contribuerait à donner le sentiment aux ménages que la Bourse n'est pas un placement risqué. "Il n'y a pas d'injustice à perdre de l'argent, cela fait partie de la régulation du système capitaliste, estime-t-il, et ce n'est certainement pas à l'Etat et au contribuable de payer pour ces erreurs".



Thomas Piketti, économiste proche du PS, renchérit : "En Bourse on ne peut pas gagner à tous les coups, là c'est fromage et dessert !" Quant à Laurence Parisot, présidente du Medef, elle "ne comprend absolument pas cette approche".



Même du côté des petits actionnaires, la mesure fait tiquer. L'assocation SOS Petits porteurs regrette que le texte écarte ceux qui ont fait des placements en Bourse via les assurances-vie, "envoyés au casse-pipe boursier malgré eux". Face à cette levée généralisée de boucliers, M. Marini estimait, lundi, que son texte restait une bonne mesure mais pourrait sans doute être "ajusté".

Publié dans Politique Economique

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