La France en récession en 2009

Publié le par Cohérence et Espoir 94




 



Contraction de 0,8 % du produit intérieur brut au quatrième trimestre, puis de 0,4 % au premier trimestre 2009 et de 0,1 % au deuxième : l'Insee prévoit pour la France, dans sa note de conjoncture publiée vendredi 19 décembre, une récession en 2009 équivalente à celle de 1993 mais espère un début de reprise à partir de mi-2009.



Les prévisions communiquées par l'Insee vendredi ne vont pas au-delà de la fin juin 2009 mais, à cette date, l'acquis de croissance serait négatif de 1,1 %, c'est-à-dire que la croissance de 2009 serait à ce niveau si le PIB restait stable sur les deux derniers trimestres de l'année.




Pour arriver à une croissance de zéro sur l'ensemble de l'année, il faudrait une hausse du PIB de 1,4 % au troisième trimestre et encore au quatrième trimestre - un scénario difficilement envisageable alors que le gouvernement s'accroche à sa prévision d'une croissance comprise entre 0,2 % et 0,5 %.



En octobre, lors de son dernier point de conjoncture, l'Insee tablait sur une croissance légèrement négative (-0,1%) aux troisième et quatrième trimestres 2008 et se refusait à parler de récession. Sa note de conjoncture publiée vendredi prend acte de la brutale dégradation de la situation économique depuis la faillite de la banque d'investissement américaine Lehman Brothers le 15 septembre, qui a entraîné un blocage du marché interbancaire et un gel des investissements des entreprises.



L'ONDE DE CHOC LIÉE À LEHMAN BROTHERS

"Entre octobre et décembre il s'est passé un événement exceptionnel qui est la réaction en chaîne liée à la faillite de Lehan Brothers," a expliqué Eric Dubois, chef du département de la conjoncture à l'Insee, lors d'une conférence de presse."Au-delà des conséquences pour les marchés financiers, il y a eu un changement radical d'appréciation des perspectives économiques par les entreprises, qui ont décidé de couper dans un certain nombre de dépenses et de réduire leurs stocks".



La réaction des grandes économies à l'onde de choc de Lehman a été "synchrone" et, en deux mois, le climat des affaires a baissé autant que sur les neuf mois précédents tant aux Etats-Unis qu'en zone euro, relève l'Insee. Le coup d'arrêt des projets d'investissement s'est accompagné d'une dégradation du marché du travail qui a rendu les ménages prudents et pesé sur leur consommation. La crise de l'immobilier et le durcissement des conditions d'accès au crédit pèsent également sur la demande intérieure, tandis que la récession chez les principaux partenaires commerciaux de la France réduit la demande extérieure.



L'Insee prévoit ainsi une hausse de seulement 0,1 % de la consommation des ménages au quatrième trimestre, avant une stagnation au premier trimestre 2009. L'investissement des entreprises baisserait de respectivement 1,6 % et 1,7 %, et l'investissement des ménages - essentiellement en logement - de 2,2 % puis de 2,1 %. Les exportations diminueraient de 2,3 % au quatrième trimestre puis de 1,2 % au premier trimestre 2009, plus que les importations (-1,3 % et -0,6 %), si bien que le commerce extérieur apporterait une contribution négative au PIB (-0,2 point au quatrième trimestre puis -0,1 en janvier-mars). Les stocks quant à eux, pèseraient à hauteur de 0,4 point puis de 0,1 point sur le PIB.



Sur le front de l'emploi, l'Insee prévoit 147 000 destructions de postes dans les secteurs marchands non agricoles au second semestre 2008 puis 214 000 au premier semestre 2009. A l'horizon de juin 2009, le taux de chômage remonterait à 8,0 % en France métropolitaine, après être descendu au début de cette année à 7,2 %, son niveau le plus bas depuis 1983.



Au total, la baisse d'activité serait de même ampleur que lors de la récession de 1993, mais elle n'atteindrait pas les proportions de la crise de 1974-1975 après le premier choc pétrolier, selon l'Insee. Le PIB s'était contracté de 1,6 % au dernier trimestre 1974, a rappelé Eric Dubois.



ESPOIR POUR LA FIN 2009

Et, sauf nouveau choc systémique de type Lehman, l'Insee veut croire à une amélioration à partir du deuxième semestre 2009. La baisse de l'inflation, due presqu'exclusivement à la chute des prix du pétrole, viendrait d'une part soutenir le pouvoir d'achat des ménages, tandis que les actions massives entreprises par les banques centrales et gouvernements depuis le début de la crise commenceraient à porter leurs fruits. Les prévisionnistes voient ainsi le taux d'inflation descendre à 0,3 % en juin prochain en France, contre 1,6 % actuellement, alors qu'il avait culminé à 3,6 % cet été.



"Ce faible niveau d'inflation prévu ne constitue absolument pas un scénario de déflation," a souligné Benoît Heitz, chef de la division Synthèse conjoncturelle, lors de la conférence de presse. L'inflation sous-jacente (hors énergie et produits alimentaires frais) resterait en effet proche de 2 %, alors que la déflation est une baisse durable de l'ensemble des prix. 2009 devrait aussi voir les premiers effets des baisses de taux opérées par la Banque centrale européenne et des mesures de relance annoncées en cascade depuis quelques semaines.



"En l'absence de tout autre choc de type Lehman et sous l'hypothèse de l'artillerie lourde qui est employée un peu partout, l'activité peut remonter," a commenté Eric Dubois. Et de conclure : "Il y a implicitement derrière notre prévision un scénario de retour à la croissance au deuxième semestre."


Publié dans Politique Economique

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