Sur le pavé parisien, la gauche mobilisée

Publié le par Cohérence et Espoir 94


Quatorze organisations avaient appelé à réussir un 1er mai «historique». A six semaines des européennes, PS, PCF, PG, LO et NPA étaient dans la rue. Sans marcher sur les platebandes syndicales
LAURE EQUY



Jean-Paul Huchon, la première secrétaire du PS Martine Aubry, Bertrand Delanoë et Jean-Christophe Cambadélis, Benoît Hamon et Claude Bartolone, vendredi à la manifestation parisienne. (Benoit Tessier / Reuters)
          
         
  A chaque parti son «point fixe». Une foule compacte, hérissée de ballons pour le PS, devant le Jardin du Luxembourg. A Port Royal, un grand stand du Front de gauche où se mêlent les étiquettes PCF et Parti de gauche. Puis la camionnette et les drapeaux rouges de LO et, plus loin, ceux du NPA. Postés là, responsables politiques et militants attendent le passage du défilé pour rejoindre, chacun leur tour, la queue du cortège.

La gauche, dont 14 organisations avaient appelé à un 1er mai «historique», a répondu présente, ce vendredi à Paris. Avec un double souci: ne pas voler la vedette aux organisations syndicales et préparer l’après, européennes pour les uns, grève générale espèrent les autres.
«Les socialistes sont là, à leur place»

Rue Soufflot, les socialistes bichent. Sept ans qu’ils n’ont pas défilé, groupés, à Paris un 1er mai (depuis 2002 pour barrer la route à Jean-Marie Le Pen au second tour). Les militants sont nombreux. «On s’était fixés 3.000, ça va être pulvérisé, se réjouit Jean-Christophe Cambadélis. On en pronostique 5.000.» Les jeunes socialistes entament l’Internationale. Un responsable s’agace: «Une fois OK, mais pas en boucle, hein. Dites-leur de mettre des trucs plus modernes».

Sur le trottoir, Benoît Hamon dédicace un tee-shirt. La foule lui donne du baume au cœur: «On reste la locomotive de la gauche. On montre qu’on peut mobiliser, qu’il va falloir compter sur les socialistes dans la rue.» Sans se contenter de ce retour sur le pavé : «Notre rôle est aussi de faire des élections un débouché politique. On ne dit pas juste aux mécontents de voter PS, on est dans la proposition», vante le porte-parole.

Une nuée de journalistes à ses trousses, Martine Aubry, brin de muguet à la main, avec le maire de Paris Bertrand Delanoë, rejoint son équipe alignée derrière la banderole. Au premier rang: François Lamy, bras droit de la dirigeante PS, le sénateur David Assouline, Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, l’eurodéputé Harlem Désir... Photo de famille presque au complet.

Chacun minimise l’absence de Ségolène Royal, un temps annoncée, qui a défilé à Niort avec les salariés d’Heuliez. «On ne peut pas reprocher aux élus confrontés à des vagues de licenciements sans précédent, d’être avec les salariés de leur région», justifie Hamon. «L’important pour les Français, n’est pas la photo mais que l’on soit à leurs côtés», renchérit Aubry.

La première secrétaire se félicite: «Les socialistes sont là, à leur place, derrière les syndicats, heureux car ils retrouvent leurs valeurs.» Et s’adresse soit à Sarkozy («Vous êtes au pied du mur, M. le Président.»), soit aux électeurs («Le 7 juin, vous pouvez choisir un autre système pour relancer l’économie européenne.»). A six semaines du scrutin, les offres de «débouché politique au mouvement social» sont sur toutes les lèvres.
«Dans la rue et les urnes, le Front de gauche»

Le Front de gauche - PCF, PG et Gauche unitaire de Christian Picquet (NPA) - s’est mis sur son 31 pour le 1er mai: écrans géants, enfilade d’affiches, pétitions de soutien. Jean-Luc Mélenchon, candidat dans le Sud-ouest, arrive tout droit de Bordeaux où il a défilé le matin. Marie-George Buffet s’égosille en distribuant ses tracts: «Dans la rue et les urnes, Front de gauche.» Bras dessus-bras dessous avec la dirigeante du PCF qui lui colle un badge, Mélenchon ressort sa boutade sur ses ex-camarades du PS qui «prennent des couleurs et des vitamines sociales».

Tout sourire, le trio Buffet-Picquet-Mélenchon fait profil bas: «Aujourd’hui c’est le mouvement social qui marche devant.» Il espère, le 7 juin, empocher une part des dividendes de la contestation sociale. «Le mouvement social se développe mais doit se donner de la force politique, décrypte Pierre Laurent (PCF). Les européennes sont une bonne échéance, ce serait un paradoxe que Sarkozy sorte vainqueur.»

Derrière, Noël Mamère (Verts) passe en vélo. Les ballons rouges PG-PCF ont éclipsé la tente voisine d’Europe écologie. Alain Lipietz a aussi le 7 juin en tête: «Les gens n'oublient pas la crise climatique, ils ont intégré que la sortie sera verte, un Greendeal.»
«Appelons un chat un chat: une grève générale»

A la veille du 1er mai, ils semblaient dans le collimateur des syndicats qui ont accusé l’extrême gauche de «mélanger les genres» (FO) et de se prendre pour des «simili-syndicats» (CGT). Ça l’agace, Arlette Laguiller, «cette dichotomie partis-syndicats. Un jour de lutte des travailleurs qui est éminemment politique, ça n’a pas de sens.» Dans la foulée d’un 1er mai «historique», l’ex-candidate (LO) veut «aller vers la grève générale pour faire reculer le patronat et le gouvernement».

Sur la même ligne, Alain Krivine (NPA) ne tortille pas: «La question est ce qui se passe ensuite. Appelons un chat un chat, il faut une grève générale illimitée», sur le modèle de la Guadeloupe, où Besancenot défilait ce vendredi avec le collectif LKP. Après le 29 janvier, le 19 mars et le 1er mai, «on ne peut pas faire un 4e jour de mobilisation», juge Krivine.

Les partis doivent laisser de nouveau la main aux organisations syndicales: les huit centrales vont se réunir lundi pour discuter des suites à donner à cette fête du Travail.

Publié dans Parti Socialiste

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