Enseignants-chercheurs face à Valérie Pécresse

Publié le par Cohérence et Espoir 94




"Si nous ne faisons pas échec au projet de modulation de services et à la mastérisation à la hussarde des concours d'enseignement, (...) il est plus que probable que demain (...) nous nous retrouvions à faire le triste inventaire de ce qui eut un temps l'ambition d'être l'université de tous les savoirs, et pas uniquement de ceux qu'on jugera bon de nous faire pointer comme étant les plus rentables." Cet appel d'Olivier Ertscheid, enseignant-chercheur en sciences de l'information à l'IUT de la Roche-sur-Yon, sur son blog, résume l'état d'esprit des universitaires qui expriment sur le Net leur opposition aux réformes de leur statut annoncées par Valérie Pzcresse, ministre de l'enseignement supérieur.


La coordination nationale des universités a prévenu qu'elle appellerait à une grève "reconductible et illimitée" si elle n'obtenait pas le retrait du décret sur les enseignants-chercheurs ainsi que celui de la réforme du recrutement des enseignants.

Lundi 2 février, plusieurs universités – 45 %, selon le Snesup – étaient touchées par un mouvement de grève ou de rétention de notes.



Face au décret sur le nouveau statut d'enseignant-chercheur, les universitaires tentent avant tout sur leurs blogs de conjuguer vulgarisation, débats et appels à la mobilisation. Olivier Ertscheid a ainsi écrit une "petite histoire du métier d'enseignant-chercheur expliqué à mes enfants", accompagnée de l'historique du nouveau décret. D'autres ont pris leur plume &lectonique pour expliquer à leurs étudiants pourquoi ils feront la grève des notes.


 


C'est surtout la nouvelle organisation de la modulation entre heures d'enseignement et heures de recherche qui agace. Le nouveau décret donne aux présidents d'université le pouvoir de décider de cette répartition, et certains universitaires craignent "une forme de despotisme présidentiel dont on peut craindre qu'il ne soit pas toujours éclairé", comme l'explique la pétition de "Sauvons l'université" sur son site, qui recense les manifestations et les grèves dans les universités. Les enseignants-chercheurs craignent que les présidents d'université utilisent ce pouvoir pour les sanctionner.


 


ÉVALUER LES UNIVERSITAIRES

Le discours de Nicolas Sarkozy aux assises de la recherche, le 22 janvier, pour soutenir la réforme, a été l'occasion  d'une réplique cinglante d'André Gunthen, enseignant-chercheur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Le président de la République avait alors pointé le manque "d'évaluation" des universitaires. "Sarkozy (...) ignore tout de la recherche, ne sait ni comment elle fonctionne, ni même à quoi elle peut servir", s'indigne ainsi le chercheur, pour qui "l'évaluation n'a jamais fait peur aux universitaires. Elle fait partie de leur univers quotidien, de jury de thèse en comité de rédaction, de rapport en concours."


Car c'est bien la question de l'évaluation des enseignants-chercheurs qui se profile derrière ce nouveau statut. Le cercle de réflexion Télos publie un article de deux économistes qui critiquent les méthodes d'évaluation actuelles, basées essentiellement sur le nombre de publications dans les revues spécialisées, et oublient d'autres critères comme "le nombre d'étudiants attirés par les universités, leur niveau de sortie, leur placement sur le marché du travail (...), mis en regard de leur niveau d'entrée, du milieu social d'où ils viennent et (...) des moyens humains et financiers dont dispose l'université".



Mais un autre point s'ajoute à la colère des universitaires : la mastérisation de la formation des maîtres, qui va impliquer un recrutement des professeurs à bac + 5. Comme le raconte la journaliste Véronique Soulé, qui a assisté  à une réunion de plusieurs représentants d'IUFM, samedi 31 janvier, cette réforme est perçue comme "trop précipitée, irréalisable, mal conçue sur le fond, nuisible à terme".


 


De con côté, Jean Ferrier, inspecteur général honoraire, s'intérroge : "Le niveau de recrutement à bac + 5 ne risque-t-il pas d'avoir pour conséquence première un assèchement quantitatif du vivier (...) en écartant des concours des jeunes issus des milieux populaires qui ne pourront pas faire le sacrifice de trois années d'études supplémentaires après un DUT ou un BTS alors que, jusqu'ici, une année supplémentaire pour se doter d'une licence était suffisante pour se présenter au concours ?" Là-aussi, un site regroupe les initiatives de mobilisation dans les différents IUFM. De son côté, le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche recense tous les efforts de Valérie Pécresse pour accorder "plus de garanties" aux enseignants-chercheurs.

Jean-Baptiste Chastand

Publié dans Politique Générale

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