Situation humanitaire dramatique à Gaza et la diplomatie cale

Publié le par Cohérence et Espoir 94



Des écoles prises pour cibles. Les combats, qui se déroulent désormais dans le centre de la bande de Gaza, se sont poursuivis, mardi 6 janvier. Le bilan a encore été revu à la hausse, atteignant 660 morts et 2 950 blessés côté palestinien depuis le 27 décembre, suivant des sources médicales palestiniennes. Dans une bande de Gaza "coupée en deux", selon l'expression du ministre de la défense Ehoud Barak, des affrontements ont eu lieu dans les quartiers de Zeitoun, Choujaïya et Touffah à Gaza, mais aussi dans les zones urbaines du nord et du sud. Côté israélien, un militaire a été tué, mardi, portant à six le nombre de soldats israéliens tués dans les opérations.



Un char israélien à l'entrée de la bande de Gaza, le 5 janvier 2008.



Les attaques les plus sanglantes ont visé trois écoles gérées par l'agence de l'ONU d'aide aux réfugiés (Unrwa), où entre 30 et 40 Palestiniens, dont un nombre indéterminé de civils, auraient été tués. A Jabaliya, un bâtiment de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (Unrwa), sur lequel flottait le drapeau de l'ONU selon des responsables onusiens, a été attaqué, faisant au moins 30 morts selon les Nations unies. Cinq autres personnes ont trouvé la mort dans des attaques contre deux écoles de l'ONU à Gaza et Khan Younès. Dans le cas de la première école, l'armée israélienne s'est défendue en expliquant qu'elle répondait à des tirs d'obus depuis l'école, que les explosions ayant suivi sur le site n'étaient "sans commune mesure avec l'artillerie utilisée" et a rappelé que le Hamas "a disposé des installations militaires, et des dépôts d'armes dans des zones civiles".

 


"Il s'agit d'une tragédie horrible ici, qui empire à chaque instant. Les gens affluent constamment avec plus de blessures. C'est incroyable, a réagi John Ging, le chef des opérations de l'Unrwa à Gaza. Tout le monde est terrorisé et traumatisé car il n'y a plus de refuge pour fuir les violences". Des propos extrêmes repris par d'autres organisations humanitaires présentes à Gaza. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) parle d'"une crise totale et de grande ampleur". L'ONG israélienne Physicians for Human Rights (PHR) a accusé l'armée israélienne de prendre délibéremment pour cible les équipes médicales venant en aide à des blessés."Nous ne pouvons pas faire sortir les ambulances parce qu'on nous tire dessus avec des hélicoptères Apache", explique l'ONG.



Pessimisme à l'ONU. L'activité diplomatique internationale pour tenter d'obtenir un cessez-le-feu, ou du moins une trêve humanitaire, se heurte toujours à refus catégorique israélien. A New York, le Conseil de sécurité de l'ONU se préparait à se réunir à l'appel des pays arabes, dans la soirée de mardi, pour évoquer le conflit, mais la perspective d'un texte contraignant pour Israël apparaît de plus en plus difficile.


Washington assure que la présence de la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice "signale que nous déployons tous les efforts diplomatiques possibles (...) selon les termes que nous avons énoncés", a expliqué le porte-parole, Sean McCormack. Selon lui, la réunion bilatérale, prévue mardi, entre Mme Rice et le président palestinien Mahmoud Abbas, en présence d'un représentant turc, sera autrement plus importante.



Officellement, les Etats-Unis s'en tiennent à la ligne dictée par le président George W. Bush, à savoir le refus de tout cessez-le-feu qui ne garantirait pas que le Hamas ne reprenne ses tirs de roquettes. "Nous voulons parvenir à un cessez-le-feu durable le plus vite possible, et si c'était immédiat, nous trouverions cela certainement bienvenu", a expliqué la Maison Blanche, réfutant que l'emploi du mot immédiat employé dans la journée par le département d'Etat signifie un changement de langage de la part de l'administration américaine. Les autres exigeances américaines, également demandées par Israël, sont la fin du trafic d'armes par les tunnels entre l'Egypte et la bande de Gaza et un retour à l'accord de 2005 sur l'ouverture des frontières, précise la porte-parole Dana Perino. Ces trois points devraient être évoqués par lors de ses consultations à New York. Enfin, critiqué pour son absence de réaction, Barack Obama, qui sera investi le 20 janvier, s'est t dit "profondément préoccupé", assurant qu'il "aura beaucoup de choses à dire sur le sujet" après cette date.

 


Sarkozy toujours au Proche-Orient. Sur un autre front diplomatique, le président français Nicolas Sarkozy a continué son voyage éclair dans la région, rencontrant le dirigeant syrien Bachar Al-Assad avant de se rendre au Liban pour présenter ses voeux aux casques bleus français. A Damas, le chef de l'Etat français a estimé qu'Al-Assad "peut jouer un rôle". "Il doit convaincre le Hamas de faire le choix de la raison, de la paix et de la réconciliation", a-t-il poursuivi (Lire le compte-rendu. Principal artisan du retour de la Syrie sur la scène internationale, M. Sarkozy compte sur l'aide du numéro un syrien pour faire pression sur le chef politique du Hamas Khaled Mechaal, résidant en Syrie. Une initiative que Washington a visiblement désapprouvé. "Nous n'avons pas jugé constructives ou utiles des discussions avec les Syriens. Si le président Sarkozy réussit à obtenir de la Syrie qu'elle cesse de soutenir le Hamas ou le Hezbollah, ce serait bien", a expliqué la Maison Blanche.



Pourtant, le président français s'est dit optimiste sur l'obtention rapide d'un cessez-le-feu, a tel point qu'il a ajouté une étape à son voyage, une deuxième visite en Egypte pour discuter une seconde fois avec le président Hosni Moubarrak. "Je suis persuadé qu'il y a des solutions, on n'en est pas loin. Il faut simplement qu'un des acteurs commence pour que ça aille dans le bon sens. (...) Si chacun attend que ce soit l'autre qui fasse le premier pas, eh bien voilà, il y a des drames, des drames et encore des drames. Quand il y a des drames, il y a de la haine. Et quand il y a de la haine, il y a encore plus de violence", a-t-il estimé. La présence d'une délégation du bureau politique du Hamas au Caire témoigne d'ailleurs d'une reprise de dialogue entre le mouvement islamiste et les autorités égytiennes.

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