L'armée israëlienne rentre dans la Bande de Gaza

Publié le par Cohérence et Espoir 94


 

 
 
Bombardement israélien à la lisière de la bande de Gaza, le 3 janvier.
AFP/PATRICK BAZ
Bombardement israélien à la lisière de la bande de Gaza, le 3 janvier.

JÉRUSALEM CORRESPONDANT


La guerre contre le Hamas dans la bande de Gaza a totalement mis en sourdine la campagne pour les élections législatives anticipées du 10 février. Mais tout le monde sait que la façon dont est conduit le conflit, le temps qu'il durera, la manière dont il va s'achever et les résultats qui seront obtenus auront une importance capitale dans le débat politique et le choix des électeurs.

Manifestation à Berlin, en Allemagne, contre les bombardements israéliens à Gaza, le 3 janvier.


Certains scrutins antérieurs en ont fourni une parfaite démonstration. Comme l'a rappelé le journaliste pacifiste Uri Avnery , Menahem Begin, du Likoud, l'avait emporté en 1981 grâce au raid réussi contre le réacteur nucléaire irakien Osirak et Benyamin Nétanyahou, également du Likoud, avait devancé le travailliste Shimon Peres en 1996 après l'échec de l'opération "Raisins de la colère" au Liban.



Les sondages de fin de semaine ont crédité Ehoud Barak, le ministre de la défense, d'une avancée considérable par rapport aux scores médiocres enregistrés auparavant. Ce qui permet au leader du Parti travailliste de revenir dans la course alors qu'il était loin dans les intentions de vote. Pour le moment, Tzipi Livni, ministre des affaires étrangères et dirigeante de Kadima, n'a pas encore engrangé les bénéfices de son activisme pour l'éradication du Hamas de la bande de Gaza mais en adoptant une attitude martiale, elle espère, elle aussi, toucher les dividendes de l'opération.



Cette détermination tranche avec le comportement modéré qu'elle avait adopté pendant la deuxième guerre du Liban, à l'été 2006, penchant pour une réaction ciblée et courte contre le Hezbollah plutôt qu'une guerre qui s'est révélée désastreuse. Cette fois, elle a choisi une ligne dure et a refusé la trêve humanitaire proposée par la France.

Benyamin Nétanyahou, auparavant nettement en tête dans les sondages, fait pratiquement aujourd'hui jeu égal avec Mme Livni. N'étant pas partie prenante dans les décisions, il se garde bien d'intervenir, sauf pour donner son approbation. Il attend que les résultats soient plus clairs pour pouvoir donner de la voix.



Ehoud Olmert, premier ministre chargé d'expédier les affaires courantes, est le seul qui n'ait pas un intérêt électoral dans l'opération. Mais il a aujourd'hui l'occasion de restaurer une image ternie, notamment par l'échec de la guerre du Liban, en 2006, et de démontrer qu'il a parfaitement tiré les leçons de ce fiasco en permettant à Tsahal de récupérer un pouvoir de dissuasion.



Cette guerre est pour lui une sorte de revanche et une manière de s'imposer comme un élément incontournable face à Ehoud Barak et Tzipi Livni, avec lesquels il n'est pas dans les meilleurs termes. Des divergences sont apparues à plusieurs reprises entre eux mais, officiellement, le cabinet affiche sa cohésion sur les choix stratégiques de l'opération.



Ce consensus sur la nécessité d'affronter le Hamas s'appuie sur une opinion publique qui soutient entièrement cette aventure, même si elle se révèle de plus en plus sanglante chaque jour. Selon un sondage publié, vendredi 2 janvier, par le quotidien populaire Maariv, 93% des Israéliens sont en faveur de l'opération et 42% estiment qu'elle doit se poursuivre par une offensive terrestre. Pour les médias, il s'agit d'une question de "légitime défense" et le nombre de tués et de victimes civiles ne donne pas lieu à des critiques.



La voix des pacifistes est totalement étouffée par une quasi-unanimité qui estime que tout cela a assez duré et que c'est le moment ou jamais d'en finir avec un ennemi situé à la porte d'Israël. Mais le conflit n'est pas terminé et le Hamas est loin d'être à genoux. La suite des opérations risque de fissurer cette union sacrée, comme ce fut le cas lors de la deuxième guerre du Liban.



Au début de ce conflit, tout le monde avait approuvé les représailles après l'attaque d'une patrouille israélienne par le Hezbollah puis la nécessité de franchir la frontière pour donner une leçon à la milice chiite. Le résultat n'a pas été probant et les roquettes ont continué d'exploser en Galilée, comme actuellement sur le sud d'Israël après plus d'une semaine d'un pilonnage en règle de la bande de Gaza.



Le conflit aborde donc un tournant capital et les décisions pour le mener à bien seront essentielles. Ce n'est qu'en cas de difficultés que des voix discordantes pourront se faire entendre pour en retirer un bénéfice électoral. A condition que le scrutin ne soit pas retardé. Ce qui n'est pas envisagé pour le moment.



Michel Bôle-Richard
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