La mort d'Harold Pinter, dramaturge et militant

Publié le par Cohérence et Espoir 94


Harold Pinter, à Londres en 2005.

Harold Pinter, à Londres en 2005. (REUTERS)


 


Le prix Nobel de littérature 2005 Harold Pinter, décédé la veille de Noël à 78 ans, était l’un des dramaturges britanniques les plus applaudis dans le monde et un militant anti-impérialiste engagé contre la guerre en Irak.



Auteur prolifique d’une trentaine de pièces de théâtre, il était à la fois dramaturge, acteur, metteur en scène, mais aussi poète et scénariste pour le cinéma.



Ses pièces étaient devenues des classiques de son vivant. Il est «généralement considéré comme le représentant le plus éminent du théâtre dramatique anglais de la seconde moitié du XXe siècle», avait noté l’Académie du prix Nobel en lui décernant le prix.

«Tony Blair, un pauvre idiot»

Critique inlassable du président américain George W. Bush et de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair - qu’il avait qualifié de «pauvre idiot» -, Harold Pinter avait annoncé après avoir reçu le prix Nobel qu’il s’arrêtait d’écrire pour le théâtre afin de se concentrer sur la politique.



«J’utilise beaucoup de mon énergie plus particulièrement pour changer la situation politique qui est, à mon avis, très inquiétante dans l’état actuel des choses», avait-il expliqué alors.



Il avait publié en 2003 «War», un recueil de poèmes contre la guerre en Irak menée par une coalition américano-britannique. Le 15 février de la même année, il s’était exprimé à la tribune de Hyde Park, à Londres, devant un million et demi d’opposants à la guerre.



Se tenant soigneusement à l’écart de l’«establishment», Pinter avait refusé d’être anobli par la reine Elizabeth. Il avait toutefois accepté la Légion d’honneur française en 2007.



Né le 10 octobre 1930 dans le quartier populaire d’Hackney, dans l’East End de Londres, fils d’un tailleur juif, Harold Pinter a été marqué par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. «J’ai été évacué trois fois, alors que tombaient les V2 (bombes allemandes). Le sentiment d’être bombardé ne m’a jamais quitté», a-t-il confié.



Il étudie l’art dramatique à la Royal Academy of Dramatic Art (RADA), avant de commencer sur les planches comme acteur, puis écrit sa première pièce «La Chambre» en 1957, suivie en 1958 par «L’Anniversaire».



Il connaît le succès dès 1960 avec «Le Gardien», puis «Le Retour».

Scénariste de «la Maîtresse du lieutenant français»

Ses pièces, inspirées à ses débuts par le théâtre de l’absurde et l’Irlandais Samuel Beckett, dont il était l’ami, ont une atmosphère très particulière qui donne naissance à l’adjectif «pinteresque»: il prend souvent une situation apparemment innocente, qui devient absurde et menaçante par l’action des personnages.



Dans les années 70, il s’était plus particulièrement consacré à la mise en scène. Ses thèmes deviennent plus politiques, traitant de l’oppression, tandis que ses prises de position pour les droits de l’homme deviennent de plus en plus fréquentes.



En 1999, il critique les bombardements de l’OTAN au Kosovo, puis l’invasion de l’Afghanistan fin 2001 et la guerre en Irak en 2003.



Ses oeuvres des années 1990 telles que «The New World Order» («Le nouvel ordre du monde») ou «Ashes to Ashes» (même titre en français) témoignent de cette évolution.



Pinter a également écrit des scénarios pour le cinéma, notamment «La Maîtresse du lieutenant français» ou «The Servant» et «Accident» de Joseph Losey.

Le cancer, «un cauchemar personnel»


En 1977, il mettait fin à ses 21 ans de mariage avec l’actrice Vivien Merchant, pour Lady Antonia Fraser, une historienne qu’il épousa en 1980.



Souffrant d’un cancer de l’oesophage diagnostiqué en 2002, Harold Pinter avait subi des séances de chimiothérapie, un «cauchemar personnel» selon ses propres mots. «J’ai traversé la vallée de l’ombre de la mort», dira-t-il de cette épreuve.



Malgré la maladie, il continue de travailler. Son interprétation en 2006 à Londres du monologue de Beckett «La dernière bande» lui vaudra un succès critique.



En 2007, il signe le scénario du film Sleuth (Le limier), avec Jude Law et Michael Caine.



(Source AFP)

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