Une franche récession malgré le plan de relance

Publié le par Cohérence et Espoir 94


Nommer un ministre de la relance, lorsqu’on dispose déjà d’un ministre de l’Economie et de l’emploi, c’était stimuler la concurrence.copie-de-copie-de-lagarde-regarde-a-gauche.1229722711.jpg Christine Lagarde et Patrick Devedjian sont à la hauteur de l’attente.


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La première se plaint que l’Insee annonce une récession sans avoir pris en compte le plan de relance du gouvernement : il faut malheureusement craindre que si.



Quant au second, il affirme que le plan en question va créer 150.000 emplois : il ne dit pas combien la récession va en supprimer.



Christine Lagarde a une fois encore lu trop vite. L’Insee prévoit bien une récession au premier semestre 2009 en dépit du plan de relance du gouvernement. Sa note de conjoncture le précise d’ailleurs dès le cinquième paragraphe :

« Au deuxième trimestre 2009, la baisse de l’activité pourrait être en partie atténuée (-0,1 %), grâce aux premiers effets du plan de relance et sous l’hypothèse que l’action vigoureuse des banques centrales et des États de par le monde se révèle efficace pour apaiser les tensions financière. »

Bref, mieux vaut compter sur la reprise internationale que sur le plan Sarkozy, si l’on espère atténuer le plongeon de l’économie française. Notez la pudeur de l’Insee, qui évoque « les effets » de ce plan, sans jamais en donner la moindre mesure, la moindre analyse. On pourrait appeler cela le doute par omission.

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 L’Institut de la statistique avait d’ailleurs fait preuve de la même retenue en 1993. Les protagonistes étaient à peu près les mêmes. D’un côté, une récession, certes moins prononcée que celle d’aujourd’hui.



En face, un ministre du budget au début de carrière prometteur : Nicolas Sarkozy. Il avait convaincu le Premier ministre, Edouard Balladur, d’opérer un urgent tête-à-queue.



La droite avait remporté les élections législatives de mars 1993 sur un programme de rigueur, dont la réduction du déficit public était le principal objectif. Elle avait tout juste commencé à le mettre en œuvre en alourdissant la CSG. Mais la situation économique était tellement dégradée que dès le mois de mai, le gouvernement tourna le dos à ses promesses et engagea une politique de relance financée par l’emprunt.

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Avances de trésoreries aux PME, travaux publics anticipés, accélération de la construction, emplois subventionnés et bientôt prime à la casse des vielles automobiles – la « balladurette » - : le plan de relance de 1993 ressemblait comme un frère à celui d’aujourd’hui, en plus mince encore.


L’Insee n’en mesura jamais précisément l’effet. Il attribua la reprise française de 1994 à la bonne conjoncture internationale. Le fait est que le plan Balladur accompagna une reprise déjà en cours depuis avril 1993, dans le sillage des Etats-Unis et du Royaume Uni, sortis de leur propre récession dès 1992. La demande étrangère avait favorisé l’investissement et l’emploi en France.

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Il est peu probable qu’un tel scénario se reproduise. On ne saurait compter début 2009 sur la reprise internationale, tous les pays plongeant en même temps dans la récession.



La conjoncture française de 2009, telle que la prévoit l’Insee, ressemble bien, en pire, à celle de 1992 (graphiques 1 & 2). En revanche, la sortie de crise - en 2009 ou plus tard - a peu de chances d’être aussi rapide et aussi vive qu’elle le fut en 1994 (graphique 3).



Cela laisse une chance à Patrick Devedjian de durer au gouvernement. A moins qu’un nouveau ministre soit bientôt chargé du second plan de relance. Risible hypothèse ? Sans doute. Mais portefeuille moins embarrassant en 2009 que celui de l’Emploi.

Publié dans Politique Economique

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