Mouvements sociaux à la SNCF

Publié le par Cohérence et Espoir 94


Depuis le lundi 15 décembre, le trafic SNCF est fortement perturbé à Paris-Saint-Lazare, Marseille, Belfort, Toulouse ou Lille, avec souvent un TER et un Corail intercités sur deux. De nouvelles perturbations sont attendues durant le week-end. Elles sont dues à des grèves de conducteurs, à l'appel des syndicats FO, CGT, SUD-Rail et Fgaac (Fédération générale autonome des agents de conduite). Ils protestent contre les horaires d'hiver, applicables depuis le 14 décembre et qui vont parfois de pair avec la mise en œuvre du cadencement, qui prévoit des passages plus fréquents, à horaires fixes. C'est le cas à la gare Saint-Lazare, à Paris, première à connaître cette réforme, explique Eric Bezou, représentant de SUD-Rail.


Pourquoi cette grève ?

Nous sommes pour le cadencement, parce que c'est plus simple de dire qu'un train part à 10 ou 40 de toutes les heures, et parce que la SNCF va ajouter quelques trains. Mais il est mis en place à moyens humains et financiers égaux. Or on arrive à une saturation totale des infrastructures. Il n'y a pas eu d'investissement conséquent et efficace depuis vingt ans.



Les conducteurs sont en grève – 40 à 50 %, selon nos estimations – parce qu'on leur demande encore de gagner en productivité, et on remanie sans cesse leurs journées. Il n'y a plus de pause-toilettes. Ils commencent de plus en plus tôt et finissent de plus en plus tard, au point que le temps de repos entre deux services est à la limite de la réglementation. Dans les postes d'aiguillage et sur les quais, le boulot est multiplié. Les agents sont obligés d'aller aux toilettes en courant, quand ils le peuvent. Il faut savoir que les agents d'aiguillage et les conducteurs risquent la prison à chaque fois qu'ils prennent leur service : ils peuvent être poursuivis en justice s'ils n'appliquent pas la réglementation du transport, et il y a un suivi de la consommation d'alcool et de stupéfiant.



Vous a-t-on proposé des contreparties salariales ?

Une petite prime, mais il ne faut pas une prime ponctuelle : le cadencement, c'est à tout jamais. Il faut principalement des embauches. On manque de conducteurs et il faudrait un souffleur dans les postes d'aiguillage, pour remplacer un quart d'heure chaque personne afin qu'elle puisse faire une pause.



Y a-t-il des négociations avec la direction ?

La direction ne veut pas négocier avec SUD, bien que nous soyons majoritaires à Saint-Lazare. Pour eux, on est des extrémistes, quasiment l'ultra-gauche.



Ne pénalisez-vous pas plus les passagers que la direction de la SNCF ?

Non, parce qu'on demande un service de qualité et sécurisé pour les usagers. Les trains peuvent rouler parfois un mois ou deux avec certaines voitures dont l'accès est condamné. Les gens ont le droit au confort et à avoir une place assise. Ils ont le droit à la régularité. Au moins 60 % des retards ont des causes internes, comme les rames qui tombent en panne, c'est-à-dire des causes sur lesquelles on peut agir. Quelqu'un dans un poste d'aiguillage qui travaille cinq nuits de suite, vous n'imaginez pas le stress qu'il subit si le trafic est régulièrement perturbé.



Combien de temps comptez-vous poursuivre le mouvement ?

Tant qu'il n'y a pas de négociations, les conducteurs continueront. Pour les agents de quai et d'aiguillage, nous envisageons une grève le 12 janvier.


Propos recueillis par Jean-Baptiste Chastand

Publié dans Politique Sociale

Commenter cet article