La chasse aux ministres est ouverte

Publié le par Cohérence et Espoir 94

ALAIN AUFFRAY


Ils se délectent depuis des mois de l’ambiance délétère au PS. «A eux le choc des ego et les coups bas. A nous la réforme et le débat d’idées», martelaient en substance les porte-parole de la majorité. Sur fond de guerre froide à la tête de l’UMP, la violence des derniers règlements de comptes au sommet de l’Etat devrait les inciter à la prudence.



Après Rachida Dati, sèchement contredite par François Fillon sur la justice des mineurs, c’est au tour de Rama Yade d’être publiquement lâchée par Bernard Kouchner. Et en privé par Nicolas Sarkozy.



Aveu. Le ministre des Affaires étrangères a élégamment choisi le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme pour confier qu’il ne voulait plus du secrétariat d’Etat de Rama Yade. «Je pense que j’ai eu tort de demander un secrétariat d’Etat aux Droits de l’homme. C’est une erreur», confesse le fondateur de Médecins du monde dans le Parisien d’hier. L’aveu de cette «erreur» intervient au lendemain de la colère de Nicolas Sarkozy contre Rama Yade, qui l’a «déçue» et qui aurait pris «la grosse tête». Le tort de la secrétaire d’Etat ? Elle a eu le culot de répondre non au chef de l’Etat qui lui demandait de conduire la liste UMP aux européennes de 2009 en Ile-de-France. Ce que veut cette native du Sénégal, c’est se présenter aux législatives de 2012 et faire de la politique en France, sa «famille adoptive». Siéger au Parlement européen ? «C’est un comme si on me mariait de force au prince Albert», a-t-elle confié au Point.



Hier en Conseil des ministres, Sarkozy a répété qu’il attendait des membres du gouvernement qu’ils servent «l’intérêt général» en acceptant d’aller «affronter le feu» du suffrage universel. Pour n’avoir pas compris cela, Rama Yade sera privé de secrétariat aux Affaires européennes, poste qui lui semblait promis pour cinq mois, jusqu’à son élection à Strasbourg.



Lâchée par le Président, Yade, qui fête samedi ses 32 ans, devient la cible de tous ceux qui, dans la majorité, s’agacent de son assurance «d’enfant gâtée». Dans l’entourage du chef de l’Etat, ceux qui n’ont toujours pas digéré son coup de gueule contre la visite en France du colonel Kadhafi («Notre pays n’est pas un paillasson») tiennent leur revanche. Et c’est Kouchner qui se charge des basses œuvres.



Secours. Mais, en retour, le ministre des Affaires étrangères s’est attiré de très vives critiques. De la gauche, bien sûr : «Bernard Kouchner n’est plus Bernard Kouchner», a lancé Martine Aubry. Mais de la droite aussi. Le chef de file des députés UMP, Jean-François Copé s’est en effet empressé de défendre «l’utilité» de Rama Yade. «Personne n’a jamais pensé que nommer un secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme réglerait le problème des droits de l’homme sur la planète», a-t-il fait valoir. Le même Copé a également volé au secours de Rachida Dati :

«C’est une ministre courageuse […]. Elle applique à la lettre le programme sur lequel nous avons été élus et qui nous engage tous», déclare-t-il cette semaine au Point.



Déjà, la semaine dernière, la polémique autour des déclarations de la garde des Sceaux sur la sanction pénale à 12 ans avait mis au jour les fractures de la majorité. Jean-Pierre Raffarin avait demandé que cesse «la chasse à Rachida», cette «fille exceptionnelle […] envoyée au feu pour mener des réformes très importantes». Et il ajoutait :

«Quand j’étais Premier ministre, moi, je faisais toujours attention à être à côté de celui qui faisait l’objet des attaques les plus virulentes.» Allusion claire au très ferme recadrage de François Fillon. En se disant «totalement hostile à ce qu’on mette en prison des enfants de 12 ans», le Premier ministre laissait entendre que telle était l’intention de sa ministre. Ce que la chancellerie conteste.



Attaque. Le chef de l’Etat ira-t-il jusqu’à écarter ces deux femmes de son gouvernement ? Après avoir tant clamé sa «fierté» de les avoir promues, l’exercice paraît délicat. Rama Yade, la «Condi Rice» de Sarkozy expliquait au soir de la victoire de Barak Obama qu’il y avait «un recul» en France de la représentation des minorités visibles, à cause du «conservatisme des partis politiques».



Mais elle a paru peu impressionnée par l’attaque de son ministre de tutelle. Hier, au Quai d’Orsay, alors qu’elle remettait le Prix des droits de l’homme, elle a promis aux ONG de rester à leurs côtés «avec le président de la République». Contre ceux qui prônent «le renoncement», elle se fait forte de porter haut «la voie de la France». Bernard Kouchner appréciera.

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