Les lycéens contre la réforme Darcos

Publié le par Cohérence et Espoir 94


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e rajoutons pas à la crise celle de l'éducation : investissons pour elle !"
, tel est le mot d'ordre des mobilisations de mercredi 10 décembre, destinées à dénoncer les treize mille cinq cents suppressions de postes de 2009, ainsi que les réformes du primaire, du lycée et de la formation des enseignants. Des rassemblements – non assortis d'appels à la grève – que le ministre de l'éducation Xavier Darcos a qualifié de "presque habituels", ont eu lieu dans plusieurs villes de France.

  

A Montpellier, entre dix-sept cents et trois mille personnes ont manifesté. Le cortège, composé d'enseignants, de lycéens, d'étudiants, de parents d'élèves et retraités de l'éducation nationale, a défilé aux cris de "Darcos, t'es foutu", ou "Non à la suppression des Rased". Trois mille postes au sein des réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased) doivent être supprimés l'an prochain.



Entre mille et quinze cents personnes, selon les estimations, ont défilé dans les rues de Toulouse derrière une banderole "Ensemble défendons l'école publique". A Marseille, près de quinze cents personnes, selon la police et les organisateurs, ont défilé sous la pluie dans le centre-ville. "Un pays, une école, notre avenir, Académie Aix-Marseille", pouvait-on lire sur la banderole en tête du cortège composé d'enseignants, de parents d'élèves, d'écoliers de maternelles et de primaires, de lycéens et d'étudiants d'IUT. Les parents de la FCPE ouvraient la marche et étaient pour la plupart vêtus de gilets de sécurité jaune fluorescent sur lesquels on pouvait lire "Association éducative en danger de mort, chantier de démolition de l'école publique".



A Paris, plusieurs centaines d'enseignants, de lycéens et de parents se sont rassemblés à la gare Saint-Lazare en fin d'après-midi. Portant des bonnets de Père Noël, voire l'habit complet, ils ont distribué des tracts aux passants. Ils scandaient "Darcos, c'est pas un cadeau pour l'éducation" et "Des sous pour les écoliers, pas pour les banquiers".



Des lycéens, venus entre autres de Seine-Saint-Denis et des Hauts-de-Seine, lançaient des slogans comme "Lycéens en colère, on va pas se laisser faire", ou encore "Dans tous les quartiers, dans toutes les régions, un même droit à l'éducation".



Près de deux mille personnes, selon la police, manifestaient dans l'après-midi à Bordeaux, en majorité des lycéens.


D'autres rassemblements ont émaillé la journée de mardi, au cours desquels plusieurs lycéens ont été interpellés. Deux ont été présentés mercredi à un juge pour enfant pour des dégradations commises en marge des défilés et un troisième, âgé de 18 ans, a fait l'objet d'une comparution immédiate pour "violences" contre un policier.



A Rennes, près de deux mille lycéens, selon la police et les manifestants, ont défilé toute la matinée et au moins huit lycées étaient perturbés. Les manifestants ont commencé la journée aux cris de "Darcos, t'es foutu, la jeunesse est dans la rue" et sous une banderole proclamant "Non aux réformes bidons", dans un cortège dirigé par l'Union nationale des lycéens et SUD-Lycéens. Une quinzaine d'établissements étaient bloqués à Nantes, où un millier de lycéens ont manifesté avant de tenir une assemblée générale en plein air. A Cherbourg, entre mille et quinze cents lycéens, selon les estimations, se sont rassemblés dans la matinée. D'autres manifestations et blocages de lycées ont été signalés dans de nombreuses villes de l'Ouest, perturbant parfois la circulation, comme à Saint-Nazaire ou au Mans.



A Brest, où des jeunes et les forces de police s'affrontent dans la rue depuis lundi, quatre interpellations ont eu lieu mardi, et la manifestation de mercredi a été houleuse. Un groupe de quelque deux cents jeunes a sillonné les rues en tentant de pénétrer dans un groupe scolaire privé et en dégradant des voitures en stationnement. Les gendarmes mobiles ont lancé quelques grenades lacrymogènes en réponse à des jets de pierres. A la mi-journée, le calme était revenu. "On ignore pourquoi ils manifestent", avait cependant déclaré plus tôt dans la journée Paul Merdy, directeur du lycée Anne-Marie-Javouhey, dont une vingtaine de vitres ont été brisées par des cailloux mardi.



"JE NE SUIS PAS MINISTRE DE L'HÉSITATION NATIONALE"

Xavier Darcos a dénoncé sur Europe 1 "un mélange de mensonges ou d'informations erronées de nature à affoler les opinions publiques, qui est de la véritable désinformation". Le ministre a assuré qu'il n'était pas question pour lui "de supprimer la maternelle", ni les "mathématiques" au lycée. Interrogé sur les violences survenues dans plusieurs villes, dont Brest, en marge de manifestations lycéennes, il a reconnu que "cela l'inquiétait", mais a indiqué qu'il ne "confondait pas les lycéens avec des bandes radicalisées qui viennent tout casser". Quant à savoir s'il va revoir ses réformes, il a répondu : "je ne suis pas ministre de l'hésitation nationale, j'ai un devoir pour les générations futures. Il s'agit de réformer dans un pays qui en a besoin", défendant en particulier sa réforme du lycée.




Comme en écho, l'ex-ministre PS Jack Lang a déclaré sur RMC, à l'adresse de M. Darcos : "Si vous continuez comme ça, l'éducation nationale, ce sera votre Vietnam." "Il y a un ras-le-bol, une colère (...) Les professeurs ne manifestent pas pour défendre des intérêts personnels, et je leur dis bravo. Bravo de faire ce travail de prise de conscience. Ils se battent parce qu'ils savent que l'école de la République est en grave danger", a-t-il ajouté. Pour lui, les réformes constituent "un plan pluriannuel de destruction de l'éducation nationale". "En demandant que chacun respecte les règles et les biens, j'appelle l'ensemble des Français à se dresser avec force, avec détermination, contre ce plan de destruction", a-t-il dit.




Une pétition, lancée fin novembre sur Internet par une centaine de maîtres d'écoles primaires, pour demander l'arrêt de la politique éducative menée par le gouvernement et la démission de Xavier Darcos, avait recueilli, mercredi, plus de treize mille six cents signatures électroniques. Elle n'était plus accessible en fin d'après-midi.

Publié dans Politique Sociale

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