Bilan de la présidence européenne de Nicolas Sarkozy

Publié le par Cohérence et Espoir 94


 

Le sommet européen de la mi-décembre marque traditionnellement la fin de la présidence semestrielle de l'Union. Nicolas Sarkozy exerce son mandat jusqu'au 31 décembre, mais l'heure des bilans a déjà sonné. Comment juger celui de la présidence française ? Commençons par le passif.



Au passif :


Le style. Nicolas Sarkozy n'est pas spontanément porté à l'art de la conciliation, qui est l'une des vertus attendues d'un président de l'Union. Brusque et parfois autoritaire, le chef de l'Etat donne souvent l'impression de faire passer l'intérêt de la France avant celui de l'Europe. L'influence de son conseiller spécial, Henri Guaino,  le conduit à adopter des comportements qui suscitent la méfiance de ses partenaires. Par tempérament, le chef de l'Etat a plus de goût pour l'action que pour les conciliabules. La gestion de l'Union, selon ses détracteurs, demande plus de diplomatie et de respect des autres.



Les relations franco-allemandes. C'est peut-être le principal échec de la présidence française. Le couple franco-allemand a longtemps été le moteur de la construction européenne. La mésentente entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel  en a perturbé le fonctionnement. Le président français porte une grande part de responsabilité dans la dégradation des relations. Du lancement de l'Union pour la Méditerranée aux polémiques suscitées par la crise financière, en passant par la lutte contre le réchauffement climatique, il s'est heurté à la chancelière allemande sans

la convaincre de sa bonne volonté.



La Chine. Le président de la République a manqué l'occasion de s'adresser à Pékin au nom de l'Europe. Il s'est rendu aux Jeux olympiques après avoir menacé de les boycotter. Il a retardé sa rencontre avec le dalaï-lama avant de se résoudre à 30 minutes d'entretien en marge d'une cérémonie en l'honneur de Lech Walesa à Gdansk. Mauvais calcul : Nicolas Sarkozy a déçu les défenseurs des droits de l'homme avant de s'attirer la colère théâtrale des Chinois.



A l'actif :

La gestion des crises. C'est sans doute l'aspect le plus positif de la présidence Sarkozy. L'énergie et la détermination du président français lui ont permis de rassembler les Européens autour d'une réponse commune aux deux grandes crises auxquelles l'Union a dû faire face : la guerre en Géorgie d'abord, les turbulences financières ensuite. L'unité des Européens n'allait pas de soi, chaque pays ayant pour premier réflexe de défendre ses intérêts nationaux. Le chef de l'Etat a obtenu des Européens qu'ils surmontent leurs divisions et qu'ils renforcent la visibilité de l'Union. Dans le conflit entre la Russie et la Géorgie, il s'est imposé comme un médiateur efficace. Dans la double crise, financière puis économique, qui a frappé l'Europe, il est parvenu à coordonner, autant qu'il était possible, les actions des Etats membres.



Les dossiers prioritaires. Trois des quatre priorités affichées par la présidence française ont fait l'objet de décisions positives. Le pacte sur l'immigration et l'asile présenté par la France a été adopté par ses partenaires. Il servira de cadre aux politiques européennes dans ces domaines. La défense européenne a fait d'incontestables progrès sous l'impulsion de la France. Un accord a été conclu sur le "bilan de santé" de la politique agricole commune.



En suspens :

La lutte contre le réchauffement climatique. C'était la quatrième priorité française. Ce plan ambitieux, qui vise notamment, en 2020, à réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre et à porter à 20 % le taux de consommation des énergies renouvelables, provoque encore des résistances parmi les Etats membres. Les négociations continuent sous l'égide de la présidence française. Si le compromis auquel parviendront les 27, demain et après-demain, à Bruxelles, ne représente qu'un faible recul par rapport aux intentions initiales,  Nicolas Sarkozy aura gagné la partie. Dans le cas contraire, le résultat de sa présidence en sera diminué.



Le traité de Lisbonne. En raison du non irlandais, la présidence française n'a pas pu préparer la mise en place du traité de Lisbonne comme elle l'avait prévue. Elle a dû, au contraire, s'employer à trouver une issue à la nouvelle crise institutionnelle. Au terme de multiples consultations, le Premier ministre irlandais va présenter à ses collègues les propositions de son gouvernement. Si un second référendum est organisé en Irlande, il faudra définir les garanties offertes aux électeurs dans l'espoir d'obtenir un vote positif. La présidence française va tenter d'obtenir l'accord du Conseil européen.



Thomas Ferenczi

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