La rencontre de Nicolas Sarkozy avec le président soudanais

Publié le par Cohérence et Espoir 94


 

La décision de Nicolas Sarkozy de rencontrer, samedi 29 novembre au Qatar, le président du Soudan, Omar Al-Bachir qui est menacé d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour "génocide" au Darfour, a semé le trouble chez les organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits de l'homme.



Ce geste spectaculaire du président français, seul chef d'Etat occidental à choisir de s'afficher ainsi, depuis longtemps, avec le dirigeant soudanais, ranime en effet les soupçons qui avaient jailli en septembre à l'encontre de la France : braderait-elle les exigences de la justice internationale au nom d'hypothétiques gestes de paix du pouvoir soudanais au Darfour ?



"M. Sarkozy ne doit accepter aucun compromis qui remettrait en cause la procédure engagée par le procureur de la CPI", déclare Geneviève Garrigos, représentante d'Amnesty International, en référence à la requête de mandat d'arrêt formulée en juillet par le procureur Luis Moreno-Ocampo, sur laquelle les juges de la Cour devraient se prononcer début 2009. "Nous espérons que lors de son entretien avec (le président) Al-Bachir, M. Sarkozy sera clair : la France n'acceptera pas d'accorder l'immunité en échange de concessions plus ou moins convaincantes" de Khartoum, commente Jean-Marie Fardeau, de Human Rights Watch.



L'Elysée a expliqué aux médias que l'objectif était de "maintenir la pression" afin que le Soudan se conforme aux demandes qui lui ont été adressées : progrès dans le déploiement de la force internationale Minuad au Darfour, processus de négociations avec les rebelles du Darfour, fin des tensions entre le Soudan et le Tchad, coopération avec la CPI.



La présidence française a fait miroiter au pouvoir soudanais, cet automne, la possibilité que les poursuites de la CPI touchant au Darfour pourraient être suspendues, si la politique de Khartoum sur ce dossier changeait "radicalement". Mais ce scénario, qui supposerait l'invocation de l'article 16 des statuts de la CPI (suspension des poursuites pendant un an, sur décision du Conseil de sécurité de l'ONU), a vite perdu de sa substance. Notamment parce que les Etats-Unis ont signalé qu'ils y mettraient un veto. Au Quai d'Orsay, l'équipe du ministre Bernard Kouchner a assuré parallèlement qu'il était hors de question d'affaiblir la position de la CPI.



CESSEZ-LE-FEU VIOLÉS

Cela n'a pas empêché un glissement notable. Paris a cessé de réclamer explicitement que Khartoum livre à La Haye, siège de la CPI, deux Soudanais visés, depuis 2007, par des mandats d'arrêt. L'Elysée a cherché à inciter le Soudan à les juger sur son territoire, dans le cadre d'une procédure qui aurait l'agrément de la CPI. Des sources proches de la Cour, ainsi que les défenseurs des droits de l'homme, qualifient ces manoeuvres de vaines et irrecevables.



Le fait que la rencontre entre M. Sarkozy et Omar Al-Bachir se tienne à Doha, sous le parrainage de l'émir du Qatar, souligne le rôle important que joue ce pays du Golfe auprès de la diplomatie française. Le Qatar ambitionne d'organiser chez lui des pourparlers entre officiels soudanais et factions rebelles. Inquiète du risque de nouveaux dérapages entre le Soudan et le Tchad, la France semble aussi vouloir se montrer attentive aux demandes des pays de la Ligue arabe et de l'Union africaine, qui ont réclamé l'utilisation de l'article 16.



Un cessez-le-feu décrété le 12 novembre par Khartoum au Darfour a déjà été violé à plusieurs reprises. Et les arrestations d'opposants et de militants des droits de l'homme se sont multipliées au Soudan.



Natalie Nougayrède

Publié dans Droits de l'Homme

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