L'audio-visuel à l'Assemblée Nationale

Publié le par Cohérence et Espoir 94

L'audiovisuel public joue son avenir à l'Assemblée nationale





C'est l'attente et la colère à France Télévisions. Mardi 25 novembre, à l'appel de l'intersyndicale du groupe public, une grande partie des 10 000 salariés de France Télévisions sera en grève de 24 heures et manifestera devant les grilles de l'Assemblée nationale, où doit débuter l'examen du projet de loi sur la réforme de l'audiovisuel public.



"Nous sommes très inquiets par la grande braderie de l'audiovisuel public organisée par le gouvernement", indique Jean-François Téaldi, porte-parole de l'intersyndicale. "Les salariés ont pris conscience que cette majorité veut notre mort et la réplique va être au niveau de l'agression."



Cette réforme, annoncée à la surprise générale le 8 janvier par le président de la République, Nicolas Sarkozy, bouleverse totalement l'économie et l'architecture de France Télévisions. Les mesures phares de ce projet de loi sont la transformation du groupe public (France 2, France 3, France 4, France 5 et France Ô) en entreprise unique, la nomination du PDG en conseil des ministres, une seconde coupure publicitaire pour les chaînes privées et, surtout, la suppression de la publicité après 20 heures dès le 5 janvier 2009 et totalement à la fin 2011.



Selon tous les calculs, le manque à gagner publicitaire s'élèverait à 450 millions d'euros pour France Télévisions. Une somme qui devrait être compensée "euro pour euro", selon M. Sarkozy, par des taxes de 3 % sur les recettes publicitaires des chaînes privées (TF1 et M6) et de 0,9 % sur les opérateurs de télécommunications.



Or, avant même l'ouverture du débat, prévu jusqu'au 4 décembre, à l'Assemblée, les députés de la majorité ont adopté, mercredi 19 novembre, en commission spéciale, deux amendements qui diminuent de moitié ces nouvelles taxes. "Ce n'est plus l'hallali sur la télé publique, mais bel et bien la curée !", s'est insurgée aussitôt la CGT de France Télévisions en dénonçant le lobbying des chaînes privées auprès des "députés porteurs". Ces deux amendements doivent encore toutefois être votés en séance. Et Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, a assuré que la somme de 450 millions d'euros qui doit être versée à France Télévisions était "garantie", car "inscrite dans la loi de finance de 2009". Mais personne ne sait ce qu'il en sera pour 2010.




"SENTIMENT DE TRAHISON"

Les débats s'annoncent donc tendus. Les députés socialistes ont promis "un Vietnam parlementaire" au gouvernement. Plus de 200 amendements ont déjà été déposés et de nombreux autres sont prévus pendant le débat. De son côté, Christian Kert, député (UMP) des Bouches-du-Rhône, rapporteur de la commission spéciale, a promis de "calmer les ardeurs" des députés de la majorité, notamment celles de Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, qui, depuis des mois, tire à boulets rouges sur la direction de France Télévisions. Début novembre, il avait jugé "évidemment nécessaire qu'il y ait un certain nombre de gens qui partent" de l'entreprise après le vote du projet de loi sur l'audiovisuel. Une manière de "dégraisser le mammouth", notamment à France 3. La chaîne compte 6 000 salariés dont 1 600 journalistes, 24 bureaux d'informations régionaux et 111 journaux locaux, régionaux et nationaux par jour. "Nous avons clairement le fusil braqué sur nous, car c'est nous qui pesons le plus lourd", estime Carole Petit, secrétaire générale du SNJ de France 3.



Vendredi 21 novembre, lors d'une rencontre avec les représentants syndicaux du groupe public avec qui il était en froid depuis plusieurs semaines, Patrick de Carolis, PDG de France Télévisions, a déclaré avoir averti le gouvernement "des risques que certains amendements au projet de loi faisaient courir au groupe".



M. de Carolis a appelé toutefois "à la prudence et au recul nécessaires" et a estimé que "sauf événement particulier, l'heure n'était pas - pour lui - aux prises de position publiques, mais au dialogue et à l'échange permanent avec les parlementaires et l'Etat actionnaire". Début juillet, le patron de France télévisions avait affirmé au micro de RTL que "si les comptes n'y étaient pas, il en tirerait lui-même les conclusions qui s'imposent". Au-delà de l'avenir des salariés de France Télévisions, cette réforme inquiète aussi les professionnels de l'audiovisuel. D'anciens membres de la commission Copé (Hervé Chabalier, Catherine Clément, Marin Karmitz, Nicolas Traube...), chargée pendant des mois de réfléchir sur l'avenir de la télévision publique, estiment "ressentir un sentiment de trahison" et redoutent "un audiovisuel fragilisé avec une structure bancale et un financement aléatoire".



Daniel Psenny

Publié dans Politique Générale

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