Trop de commémorations?

Publié le par Cohérence et Espoir 94

Y a-t-il trop de commémorations en France ? Touchant à la question ultrasensible de la "mémoire" française, l'idée de l'historien André Kaspi de ne conserver que trois journées nationales suscite la polémique. Dénonçant "l'inflation" commémorative "depuis 1999" (sous la présidence de Jacques Chirac), l'historien propose en effet de donner "une signification particulière" et nationale aux seuls 8-Mai, 14-Juillet et 11-Novembre, qui sont aussi fériés. Les autres dates auraient "un statut régional" ou "communautaire", et moins souvent "national", précise-t-il dans un rapport, qu'il doit remettre mercredi au secrétaire d'Etat aux anciens combattants, Jean-Marie Bockel.

Les journées de commémoration en France

Après des fuites dans la presse sur le contenu du texte, ce dernier a immédiatement mis les points sur les "i". "Autant je suis contre l'inflation mémorielle, autant je suis contre la remise en cause de commémorations existantes, qu'elles soient nationales ou autres", a précisé le secrétaire d'Etat aux anciens combattants. De son côté, le président du groupe UMP à l'Assemblée, Jean-François Copé, s'est dit "totalement hostile" à l'idée de supprimer des "rendez-vous nationaux de commémoration", exprimant le souci de "reconstituer une identité française". L'ex-ministre n'a cependant pas exclu "des rendez-vous supplémentaires de commémoration, pas forcément des jours fériés d'ailleurs", tels qu'une "journée de l'Europe".

UNE "CONCURRENCE DES MÉMOIRES INDIGNES"

Selon un "indiscret" publié par Le Journal du dimanche du 9 novembre, le secrétaire d'Etat aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, s'apprêterait en effet à proposer que le 8-Mai, célébrant la victoire sur l'Allemagne nazie, soit remplacé par une journée européenne le 9 mai. Jugeant prématurée la création d'un jour férié commun aux pays de l'Union européenne, l'UMP s'est déclarée "extrêmement attachée au 8-Mai et au 11-Novembre". "Il y a des dates qui parlent sans conteste à tous les Français", a fait également valoir l'ancien ministre socialiste de la défense, Paul Quilès, se demandant toutefois si "la multiplication des commémorations ne risque pas d'en affaiblir la portée".

Les associations n'ont pas tardé à monter au créneau. Le président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), Patrick Lozès a mis en garde contre le risque d'une "concurrence des mémoires indignes". Mouloud Aounit, président du Mouvement contre le racisme et l'amitié entre les peuples (MRAP), a, lui, fustigé "une inquiétante stratégie visant à créer un climat pour disqualifier certaines lois mémorielles existantes", notamment les lois dites "Gayssot" (contre la négation du génocide des juifs) et "Taubira" (qui reconnaît la traite négrière et l'esclavage comme crimes contre l'humanité).

Nicolas Sarkozy avait fait du refus de la "repentance" un leitmotiv de sa campagne présidentielle.

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