Hollande : « Être nous-mêmes »

Publié le par Cohérence et Espoir 94

 Les militants du PS sont appelés à voter demain pour départager les six motions en lice au Congrès de Reims, du 14 au 16 novembre. François Hollande, qui s’apprête à quitter le poste de Premier secrétaire, appelle à placer la motion Delanoë clairement en tête.


Quel est votre état d’esprit au moment de quitter le poste de Premier secrétaire du PS ?


Engagé, car je veux qu’à l’occasion de son prochain congrès, le PS puisse à la fois changer de perspectives et de figures, tout en restant en cohérence avec ce que j’ai accompli depuis onze ans. J’aurais pu partir de façon détachée, en me disant « après moi le déluge », et que chacun fasse ce qu’il pense devoir faire. J’ai, au contraire, considéré qu’il fallait que je m’investisse pour qu’il y ait une suite fidèle à ce que j’avais fait, tout en permettant un vrai renouvellement.


Mais quand on voit qui sont les trois favoris (Aubry, Delanoë, Royal), n’y a-t-il pas un doute quant au renouvellement socialiste ?

Ces personnalités ont exercé des responsabilités importantes, mais elles incarnent encore une génération en devenir et il est bon que des hommes et des femmes connus servent leur parti. Je n’ai jamais été favorable à ce que l’on s’accorde sur une sorte de gardien de la maison, alors qu’il faut que le Premier secrétaire soit, comme je l’ai été, le chef de l’opposition.


Faut-il que votre successeur soit clairement un présidentiable ?

Je pense que rien ne doit lui être interdit, mais rien ne doit lui être donné d’avance.


Qu’est-ce qui différencie les trois favoris ?

Il y a des différences concernant la conception du parti, la stratégie de rassemblement de la gauche et de clarté dans les engagements. Si j’ai choisi de soutenir Bertrand Delanoë, c’est parce qu’il est en cohérence et qu’il n’a pas besoin de changer de position en fonction des circonstances. Pas besoin d’être plus à gauche, parce que c’est la crise, et moins à gauche, quand les choses vont bien. Il faut respecter l’identité du PS, c’est-à-dire un parti audacieux dans le changement, mais crédible dans ses propositions ; un parti qui veut encadrer le capitalisme mais qui reconnaît l’économie de marché ; un parti qui veut redistribuer les richesses, mais aussi les produire. Il n’est nul besoin de s’inventer un discours pour le congrès. Ce qu’il faut, c’est dire aujourd’hui ce que l’on fera demain.


Aucune des six motions en compétition ne paraît en mesure d’emporter la majorité des suffrages des militants. Ne craignez-vous pas que Reims soit un « remake » du congrès de Rennes ?

Il y a toujours un risque lorsqu’il n’y a pas de majorité dès l’entrée d’un congrès. C’est pourquoi j’appelle les adhérents, ceux qui m’ont toujours fait confiance, à faire en sorte que la motion de Bertrand Delanoë arrive nettement en tête. Si l’on veut éviter que le congrès de Reims soit celui des manœuvres, des arrangements et des alliances, sans que les militants aient à en connaître, il faut que demain les adhérents placent cette motion en position de rassembler les socialistes et de porter un Premier secrétaire qui ait l’autorité nécessaire.


Le PS n’est-il pas pris en tenaille entre une extrême gauche incarnée par Olivier Besancenot et un centre d’opposition personnifié par François Bayrou ?


On ne peut sortir de cette tenaille qu’en étant nous-mêmes. L’erreur serait de courir après ceux qui nous font concurrence sur notre gauche ou sur notre droite. On ne doit pas être simplement dans une posture antisarkozyste sans contenu, comme François Bayrou. Il nous faut prouver que nous sommes porteurs d’une politique économique et sociale alternative. Quant à Besancenot, on peut respecter sa sincérité, mais, si le PS parlait comme lui, il serait disqualifié pour diriger le pays. Les Français, que ce soit sur les licenciements, les salaires ou les services publics, demandent bien plus que des slogans au Parti socialiste. Ils lui demandent non seulement de fixer des objectifs généreux, mais surtout de les atteindre, parce que nous sommes un parti de gouvernement.


Comment expliquez-vous que le PS ait été inaudible dans cette période de crise financière mondiale ?

Je pense que c’est un genre de procès qu’on instruit toujours contre l’opposition. Il n’est pas facile de se faire entendre alors que Nicolas Sarkozy sature tous les moyens de communication. Je constate, au demeurant, que c’est sur nos analyses que la riposte a été organisée dans la plupart des pays affectés par le tumulte financier : aujourd’hui, l’intervention de l’Etat dans l’économie, le contrôle des hautes rémunérations, la lutte contre les paradis fiscaux sont une évidence quand, il y a quelques mois, Sarkozy vantait les mérites du marché et faisait voter le paquet fiscal en faveur des plus hauts revenus.


Que fera François Hollande après le congrès de Reims ?

Je servirai mes idées avec plus de liberté, mais toujours en solidarité à l’égard de celui ou de celle qui aura été désigné comme Premier secrétaire, c’est-à-dire un peu différemment de ce que d’autres ont fait jusqu’à présent. Parce je sais que, face à une droite unie derrière un seul homme, il faut une équipe de gauche rassemblée.

Propos recueillis par Philippe Reinhard

Publié dans Parti Socialiste

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