Interview de Bertrand Delanoë

Publié le par Cohérence et Espoir 94

«S’il faut de l’autorité et de l’efficacité…»

PS. Bertrand Delanoë, maire de Paris et candidat au poste de premier secrétaire.


Recueilli par MATTHIEU ÉCOIFFIER et PASCAL VIROT

Bertrand Delanoe (Archive)

Bertrand Delanoe (Archive)

Candidat au poste de premier secrétaire du PS, Bertrand Delanoë, maire de Paris, explique ses propositions et revient sur la crise financière.

Comment jugez-vous la façon dont Nicolas Sarkozy gère la crise ?

Il est condamné à réagir dans l’urgence pour colmater les brèches qu’il a lui-même ouvertes : le chômage, l’effondrement du commerce extérieur et du pouvoir d’achat étaient là avant les effets de la crise mondiale. Si l’on juge Nicolas Sarkozy sur ses résultats et non sur sa communication, on peut à peine le créditer d’avoir obtenu une position commune de l’Europe, puisque c’est grâce à une initiative de Gordon Brown. Quant à la perspective d’une réunion internationale à Washington, comment ne pas s’interroger sur son impact réel ? En fait, Nicolas Sarkozy, avocat depuis toujours des crédits hypothécaires à l’anglo-saxonne et de la dérégulation du droit du travail, dit exactement l’inverse dans cette crise.

Le paquet fiscal est-il son péché originel ?

Nicolas Sarkozy refuse de donner à la France les moyens de se redresser. Pour servir la justice sociale et la performance économique, il faut d’abord renflouer les caisses que ce pouvoir a vidées. Il n’y a qu’un moyen : annuler le paquet fiscal et le bouclier fiscal, remettre à plat les niches fiscales et taxer les stocks-options.

Quelles autres décisions prendriez-vous si vous étiez au pouvoir ?

Si la gauche était en responsabilité, elle devrait tenir un discours de vérité. Pour dynamiser l’emploi, sa priorité devrait consister à investir massivement dans l’innovation, la recherche et le soutien aux PME. Elle devrait aussi impulser un plan de relance concerté, à travers un emprunt européen de 100 milliards d’euros, ciblé sur ces secteurs stratégiques. Parallèlement, elle devrait soutenir le pouvoir d’achat, en conditionnant notamment les exonérations de charges sociales à la conclusion d’accords salariaux dans l’entreprise. J’insiste d’ailleurs sur l’enjeu du dialogue social : la désespérance sociale est telle qu’il faut impérativement concevoir un chemin en concertation avec les syndicats. Or, ce gouvernement les méprise.

Quelles seraient vos marges budgétaires ?


Je vous ai cité des pistes. Ensuite, nous serions malhonnêtes en prétendant qu’il n’y a pas d’effort à faire. La question est de savoir si cet effort est vraiment demandé à ceux qui en ont les moyens et si l’Etat soutient bien les citoyens qui en ont le plus besoin. Par exemple, nous sommes les seuls, dans notre motion, à proposer de mettre les prestations familiales sous conditions de ressources. Je l’assume parce que je suis de gauche et qu’il faut se donner les moyens d’aider d’abord les plus fragiles, comme les classes moyennes d’ailleurs.

Faut-il augmenter les salaires pour relancer la machine ?

J’y suis favorable, de façon maîtrisée. Mais si nous ne visons la croissance que par la relance de la consommation, nous irons dans le mur. C’est pourquoi, en même temps, il faut moderniser notre appareil productif.

Avec cette crise de système, regrettez-vous de vous être déclaré comme «socialiste et libéral» ?

En relisant les épreuves de mon livre (1), je savais que ce n’était pas vraiment une habileté tactique ! Mais ce sont mes convictions. Qu’ai-je écrit ? Que je ne suis pas social-libéral et que pour un progressiste, le libéralisme économique ne peut servir de fondement à une pensée économique ou sociétale. En revanche, oui, je suis un militant de la liberté ! C’est plus indispensable que jamais, à l’heure des tests ADN pour les immigrés ou du fichier Edvige, dont certaines menaces demeurent. Les socialistes devraient aussi s’approprier les combats pour le droit à mourir dans la dignité, pour le droit des individus - quelle que soit leur identité - à devenir des parents, et pour le vote des étrangers aux élections locales. Puisque pour moi l’engagement politique n’a de sens que dans la sincérité, je persiste et je signe.

Certains socialistes considèrent que votre campagne pour prendre le PS patine. L’auriez-vous abordée en vainqueur ?

Mais non ! Je mène une campagne de convictions. Et je suis aussi déterminé que serein. Ce débat se déroule dans un contexte de gravité. Les militants socialistes sont soucieux car leur pays va mal, les Français affrontent de lourdes difficultés sociales. En outre, depuis Epinay en 1971, c’est la première fois que nous avons à choisir en même temps une orientation politique, une conception du parti, une stratégie d’alliance et un leader. C’est normal que l’issue soit incertaine. Je comprends donc que cela pousse au sérieux.

Avec les soutiens de Michel Rocard, Lionel Jospin ou François Hollande, n’incarnez-vous pas le vieux parti ?

Pour rénover le PS, faudrait-il avoir honte du bilan de ces hommes d’Etat qui ont fait le Pacs, la CMU, la parité ou la CSG ? Si je deviens premier secrétaire, le PS ne commencera pas avec moi. Il a une histoire, elle est imparfaite, mais elle est belle et j’en suis fier. Pour mériter d’écrire la suite, il faut commencer par dire merci.

Quel type de premier secrétaire seriez-vous ?

Je serais un militant qui a déjà été secrétaire de section, responsable fédéral dans l’Aveyron, secrétaire national et qui gère une collectivité locale en n’ayant rien perdu de ses valeurs. J’ai toujours travaillé collectivement. L’équipe que j’anime à Paris rassemble toutes les composantes de la gauche et du PS. Ce n’est pas à 58 ans que je vais perdre ce goût pour le travail en équipe. Pour cela, s’il faut de l’autorité et de l’efficacité, je l’assume.

En quoi votre motion se distingue-t-elle des autres ?

Elle crée les conditions d’une efficacité de gauche. Nous jouons cartes sur table : avec nous, les militants savent quelle orientation politique ils choisissent, quelle stratégie et quel animateur. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Nous portons la culture d’un parti riche d’un projet crédible dans l’opposition et opérationnel si nous revenons au pouvoir. Nous refusons la démagogie, nous choisissons le respect des militants et de leur vote. C’est pourquoi j’espère que le 6 novembre, une motion, la nôtre de préférence, aura assez de force pour structurer politiquement le rassemblement indispensable des socialistes.


(1) De l’audace ! Robert Laffont, mai 2008.

Publié dans Parti Socialiste

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