Deux semaines pour changer l’Amérique

Publié le par Cohérence et Espoir 94


PHILIPPE GRANGEREAU et FABRICE ROUSSELOT (à Washington)

Le 20 octobre à Tampa, en Floride.

Le 20 octobre à Tampa, en Floride. (REUTERS)


A quinze jours du scrutin historique du 4 novembre qui pourrait porter un président noir à la Maison Blanche, Barack Obama multiplie les appels à la prudence. Toujours en tête de six points dans les sondages (1), le candidat démocrate à la présidentielle a estimé hier sur NBC que «la course allait être de plus en plus serrée, car c’est généralement ce qui se passe durant les derniers jours d’une campagne». «L’un des messages que j’ai envoyé à mes troupes est de continuer à travailler d’arrache-pied», a-t-il souligné. Une façon pour Obama de continuer à mobiliser ses militants, alors que les deux candidats enchaînent les meetings à travers le pays en centrant leur discours sur leurs projets respectifs pour sortir de la crise économique et financière. «La crise sera sans aucun doute le thème central de la fin de la campagne, confirme Robert Shapiro, professeur de sciences politiques à Columbia.

Pour Obama, c’est l’occasion de renouveler son message de changement en martelant chaque jour un peu plus que Bush et McCain sont responsables du marasme économique et que le pays doit passer à autre chose. McCain, lui, essaie de se démarquer de Bush et a repris depuis quelques jours un thème récurrent : celui des démocrates qui n’auraient comme seule proposition économique que d’augmenter les impôts.»


«Terroristes». Intervenant hier devant une foule bigarrée à Saint Charles, dans le Missouri, John McCain s’en est ainsi donné à cœur joie. Se présentant une nouvelle fois comme le grand défenseur de «Joe le plombier», ce personnage qui incarne désormais l’Américain moyen dans la campagne, le sénateur de l’Arizona a assuré que «les propositions d’Obama pour alourdir la charge fiscale viennent au pire moment pour les petites entreprises». «Je ne vais pas le laisser faire et vous non plus, a-t-il renchéri, moi au contraire je me propose d’alléger les impôts pour les gars comme Joe et de faire en sorte que les entreprises américaines restent en Amérique.»«USA, USA», a renvoyé la foule en chœur. Il ne reste guère plus que cet argument fiscal au duo républicain McCain-Palin. Leur récente tentative d’associer Obama avec des «terroristes» semble s’être retournée contre eux. L’argument de l’«inexpérience» d’Obama, déjà mis à mal par le choix de la jeune Sarah Palin comme colistière, a été rendu totalement caduc par le ferme appui apporté ce week-end à la candidature d’Obama par l’ancien Secrétaire d’Etat Colin Powell, un républicain. Le général Powell, vainqueur de la première Guerre du Golfe, apporte en outre une considérable légitimité au projet démocrate de retrait d’Irak - qualifié de «capitulation» par McCain. Hier, Obama l’a presque invité à occuper un poste dans sa future administration. «S’il souhaite occuper un poste, il faut qu’on en discute… Mais je ne vais pas vous mentir, j’adorerais qu’il soit à mes côtés et s’il veut venir, je l’y invite.» Pour l’instant en tout cas, la crise semble largement profiter à Barack Obama.


Hillary à la rescousse. Selon le Washington Post, l’état-major démocrate espère ainsi capitaliser sur les déboires des classes moyennes pour gagner des voix dans les banlieues aisées des grandes villes, un territoire traditionnellement réservé aux républicains. Ces «suburbs» pourraient jouer un rôle déterminant le jour du scrutin, en permettant à Obama de faire la différence dans des états clés comme la Floride, la Caroline du Nord, le Colorado ou le Nevada. Hier, en outre, Obama espérait porter un nouveau coup dur à McCain en lançant depuis la Floride une série de meetings conjoints avec Hillary Clinton, son ancienne rivale des primaires. Les deux figures démocrates vont faire campagne commune durant trois jours dans tout le sud des Etats-Unis. Clinton devrait notamment s’attacher à combler le déficit que le sénateur de l’Illinois peut encore avoir auprès de la classe ouvrière blanche, une tranche de l’électorat qu’il n’a pas totalement convaincue. «Plus on se rapproche de la fin, plus le ton va monter et plus les deux camps vont essayer de marquer leurs différences», conclut Robert Shapiro, de Columbia University. «McCain et Palin n’hésitent plus à traiter Obama de socialiste qui pourrait mettre l’Amérique en danger. Obama, de son côté, continuera à dépeindre McCain comme un homme du passé, incapable de se projeter vers l’avenir.»


(1) Selon un sondage Zogby publié hier, Obama bénéficie de 50% des intentions de vote contre 44% pour John McCain.

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