Manifestation pour l'éducation face à la politique du gouvernement

Publié le par Cohérence et Espoir 94

Entre 32 000 et 80 000 personnes ont manifesté à Paris pour que "l'éducation reste une priorité". Suppressions de postes en Rased, réforme du lycée et restrictions budgétaires figuraient en tête des inquiétudes.


"Vous n'avez pas vu passer la Bourgogne?". La dame, rousse et élégante dans sa veste de velours prune, un peu inquiète aussi, est perdue. Oui, "la Bourgogne" est déjà passée, et doit même déjà s'avancer sur l'avenue des Gobelins.


Comme beaucoup d'autres, cette enseignante de sciences physiques a été distancée par sa délégation, des enseignants venus spécialement à Paris afin de manifester pour la défense de l'école publique. C'est qu'il y a beaucoup de monde ce dimanche dans les rues de Paris. 80 000 personnes, selon les organisateurs, 32 000 selon la police. Une chose est sûre: cela fait longtemps qu'une manifestation d'enseignants n'avait autant fédéré. 


Deux TGV ont été affrétés depuis Nantes, des gens sont venus de Lorraine, du Pays basque, de Bretagne... A 14h30, alors que le début du cortège est déjà parti depuis plus d'heure et s'engage sur le boulevard Saint-Michel, des manifestants sont encore en train de piétiner place d'Italie. Les merguez s'emportent à trois euros, le soleil est radieux, une clarinette répond à un sifflet, on s'installe sur le pelouse devant la mairie en attendant de pouvoir partir. On plaisante, on se réjouit de la mobilisation. Mais l'on n'oublie pas pourquoi l'on est là.
 

Stéphanie, Florence et Marie-Elise ont fait le voyage depuis l'Aisne. La première enseigne en Rased (Réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté), la deuxième est psychologue scolaire, la dernière, prof de lettres en lycée. Toutes trois se disent inquiètes des réformes en cours. "L'aide personnalisée mise en place par Xavier Darcos n'a rien en commun avec le travail que l'on mène en Rased, où l'on établit un projet réfléchi avec les enseignants", commence Stéphanie. "Nous ne sommes pas contre le changement, mais là, les réformes visent avant tout à faire des réduction budgétaires: la logique économique prime sur la pédagogie", poursuit Florence. "L'école qu'on nous propose, c'est une école pansement: donner des cours de soutien, en apprenant de la même façon à ceux qui n'ont pas compris la première fois! C'est inutile: avec ceux qui sont en décrochage, il faut avoir une approche différente, une dynamique de classe, des projets..." soupire Marie-Elise.
 

Quelques manifestants plus loin, Mathieu, prof d'histoire à La Madeleine, près de Lille, attend lui aussi que le boulevard soit désengorgé pour pouvoir s'engager. Il porte une pancarte orange, sur laquelle on lit: "Les dictatures en rêvent, Darcos le fait: la suppression de l'histoire".  Allusion à la réforme du lycée que le ministre de l'Education nationale doit bientôt annoncer officiellement. Mathieu croit savoir que l'histoire sera optionnelle à partir de la première. "C'est une remise en cause du pacte républicain. Quand on commence à s'attaquer à l'histoire, ce n'est jamais très bon signe..."
 

Sur un trottoir, statique, Rachel, parent d'élève FCPE, tient bien haut une pancarte. On y voit un diable grimaçant, aux incisives dégoulinante de sang, comme surgit d'un tableau. En dessous, écrit en lettres rouges: "Darcos, saigneur de l'Education nationale". Rachel veut dénoncer le suppressions de postes et les changements de programmes du primaire, qui, dit-elle, "transforment les enseignants en garde-chiourmes réduits à faire du bourrage de crâne". Un ami venu avec elle appuie: "On va désormais privilégier l'instruction à l'éducation".
 


L'ambiance de la manifestation, pourtant, reste bon enfant. Dans les rangs parfois clairsemés en milieu de cortège, on parle de tout. La grande majorité des manifestants sont des profs, qui défilent sous les couleurs de l'Unsa, du Snes et du SnuiPP. Mais il a aussi des parents d'élèves, des documentalistes, des psychologues scolaires. De rangs en rangs, des échos de conversations surgissent. On parle mutation, échec scolaire, vacances, potins, programmes, on compare les manuels scolaires, on commente l'architecture des bâtiments parisiens.


Aïtor, Katia et Joël sont stagiaires à l'IUFM du 94. Ils enseignent déjà six heures par semaine, et suivent des cours le reste de la semaine. Ils gagnent 1368 euros net et n'ont guère apprécié les propos de leur ministre sur l'école maternelle, où ils enseignent. "Nous apprenons aux enfants à compter, à se situer dans l'espace, à tenir un stylo, à composer des phrases simples, à connaître les jours de la semaine..." énumère Joël. "Certes, le temps de concentration d'un enfant de trois ans est limité, et ils font des siestes, mais il est faux de dire que nous faisons de l'animation", poursuit Aïtor, un basque venu à Paris pour trouver du travail.

Publié dans Politique Sociale

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