Les gares, vedettes de la "nuit blanche"

Publié le par Cohérence et Espoir 94



Dans la nuit du 4 au 5 octobre, les gares parisiennes font leur cinéma. Pour sa septième édition, la Nuit blanche a choisi comme lieux principaux les sites des gares du Nord (10e arrondissement), de l'Est (10e), de Lyon et de Bercy (12e), d'Austerlitz (5e) et de Saint-Lazare (8e). Les gares, lieux de brassage, de rencontres, accessibles et familières à tous, ont séduit les deux directeurs artistiques, Hervé Chandès, directeur général de la Fondation Cartier pour l'art contemporain, et Ronald Chammah, distributeur et restaurateur de films, également réalisateur (Milan noir, 1987) et producteur. L'édition 2007 avait déjà attiré 1,5 million de visiteurs. Cette année, il s'agit encore de fédérer un large public, y compris les enfants - un parcours spécifique leur est proposé sur Parismomes.fr.


"Quand la Mairie de Paris nous a invités, nous avons accepté parce que nous avions l'idée des gares", explique Hervé Chandès. "Les gares sont le patrimoine de nos villes, chacune a son histoire insolite", ajoute Christophe Girard, adjoint à la culture du maire de Paris, Bertrand Delanoë (PS).

 

La sélection des artistes s'est faite dans un second temps. L'image, le film, la vidéo, dominent largement la programmation. Ainsi, gare de Lyon (12e arrondissement), le jeune réalisateur de Bollywood Shaad Ali propose d'assister au tournage de scènes chantées et dansées. A condition que le casting soit au complet : annoncé comme l'un des acteurs principaux, Louis Garrel a fait faux bond et devrait être remplacé par l'Indien Bhavnani Ranveer Singh.

 

Sur la façade de la gare du Nord, le vidéaste américain Tony Oursler projette un film réalisé avec la participation d'élèves du collège de la Grange-aux-Belles (10e). Avec leur vidéo Brilliant Noise, les Britanniques de Semiconductor - Ruth Jarman et Joe Gerhardt, qui s'intéressent au chaos urbain et aux paysages en mouvement - "font entrer le soleil" dans la gare Saint-Lazare. Etc. "Le seul objet matériel de cette Nuit est la voiture des jeunes artistes suisses Kunz et Glazer", souligne Ronald Chammah : sur le parking de la gare de Bercy, un couple assis à l'avant d'une Fiat discute de la vie et de l'art.

 

De l'avis général, la direction de la SNCF a aussitôt adhéré à l'opération baptisée "Gares aux artistes", avec l'accord des chefs de gare. "L'art, c'est une autre façon de voyager, et les visiteurs porteront un regard différent sur les lieux", se réjouit Jean-François Trestard, chef du département des relations extérieures de la SNCF. Environ 150 agents se sont portés volontaires ou ont été sollicités pour le bon déroulement de la soirée, sachant que les trains fonctionneront jusque vers 1 heure du matin. Ce partenariat ne semble pas avoir suscité de débat parmi les syndicats, comme le confirme la fédération SUD-Rail.

 

L'entreprise ferroviaire chercherait-elle à renouveler son image à travers l'art contemporain ? Depuis le mois de juin, les usagers de la gare du Nord ne peuvent pas ignorer la monumentale installation que la SNCF a commandée à l'artiste Fabien Chalon - Le Monde en marche. Pour favoriser ces transports artistiques de la Nuit blanche, la SNCF va jusqu'à proposer des tricycles à assistance électrique - conduits par des pilotes - qui permettront de circuler entre les sites.

 

Hors les gares, d'autres lieux phares brilleront jusqu'à l'aube. Pour la première fois, la tour Montparnasse (14e) participe à l'événement, tout illuminée de blanc, avec une installation sonore du compositeur de musique électronique japonais Ryoji Ikeda. Restaurée, la tour Saint-Jacques (1er) sera transfigurée par le vidéaste chinois Gu Dexin. Très attendue aussi, la "performance musicale" de la chanteuse américaine Patti Smith, avec son fils guitariste et sa fille pianiste, dans l'église Saint-Germain-des-Prés (6e).

 

A côté de cette sélection officielle réalisée par le tandem Chandès-Chammah figurent une soixantaine de projets associés, sorte de "off" piloté par la direction des affaires culturelles de la Ville de Paris. Là, c'est le foisonnement : de la chorale à la lecture de textes, en passant par des installations pointues : ainsi, Christian Boltanski s'associe au compositeur Franck Krawczyk et à l'éclairagiste Jean Kalman pour créer "un monde mystérieux" dans la cour du Musée d'art et d'histoire du judaïsme (3e). C'est aussi l'occasion de pousser la porte de lieux inédits : la Préfecture de police (4e) a accepté d'ouvrir ses portes à l'initiative du préfet, Michel Gaudin, qui a même choisi d'inviter le peintre et plasticien Jean-Pierre Formica.

 

Au final, le nombre d'artistes invités a été resserré, "mais les installations ont nécessité une enveloppe conséquente", concèdent les directeurs artistiques : le budget s'élève à 1,15 million d'euros pour la Ville de Paris, auxquels s'ajoutent 440 000 euros de partenariats privés. " On a volontairement limité le nombre de lieux et d'artistes pour créer du désir et de la frustration", espère Christophe Girard.


Clarisse Fabre

Publié dans Divers

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