LDH et "Edvige"

Publié le par Cohérence et Espoir 94

"Le gouvernement cherche à se sortir d'un mauvais pas"
L'annonce du nouveau décret Edvige est-elle une victoire pour la LDH ?

- Pour le collectif "Non à Edvige" dont la LDH fait partie, c'est un succès non négligeable. Mais l'essentiel reste devant nous, parce que l'essentiel c'est le fichage des enfants et pour ce point, naturellement, le gouvernement s'est bien gardé de reculer. Il a maintenu ce qui était le cœur du premier dispositif. Mais, c'est un premier succès encourageant et il faut continuer.

Les principaux points litigieux comme l'orientation sexuelle et la santé seront exclus du nouveau décret. Pensez-vous comme François Hollande qu'il subsiste des "points d'ombres" ?

- Bien-entendu. Non seulement, il subsiste des points d'ombre et surtout nous savons qu'aucune des affirmations du premier ministre ne garantit quoi que ce soit. Le président de la CNIL a écrit dans une interview récente qu'elle savait parfaitement que la santé et l'orientation sexuelle était contenue dans le fichier des RG (renseignements généraux) et, que c'était de notoriété publique. Donc, nous savons maintenant de manière officielle que la CNIL qui est l'Autorité chargée de protéger les libertés face aux fichiers sait que la police viole la loi en inscrivant dans le fichier des RG, qui est homosexuel, qui a le sida, qui est séropositif, etc… La CNIL le sait et elle ne peut rien faire. Donc, lorsque l'on nous dit "nous n'allons pas mettre dans Edvige la santé et l'orientation sexuelle" et bien nous savons ce que cela veut dire. Nous n'aurons aucune garantie que la loi ne continue pas à être violée. Pourquoi voulez-vous que la CNIL puisse faire ce qu'elle n'arrive pas à faire par rapport à l'ancien fichier ? Ce sont des reculs significatifs, cela montre que la mobilisation a payé mais pour le moment, nous n'avons aucune garantie donc, il faut continuer à se mobiliser pour les obtenir.

Vous réclamiez l'abandon d'Edvige, est-ce toujours le cas ?

- Bien-entendu, parce que ce que nous voulons c'est le retrait d'Edvige et l'ouverture d'un débat démocratique sur la protection des libertés face à l'ensemble des fichiers. Il y a l'arbre Edvige et la forêt autour. On a besoin d'une protection sérieuse des libertés et de la vie privée contre l'ensemble des fichages policiers et, cela suppose une autorité de contrôle qui ait des pouvoirs et des moyens. Compte-tenu de ce qu'est la Constitution en France il faut une loi. Je suis un peu étonnée que le gouvernement persiste à faire des décrets alors que l'article 34 de la Constitution donne compétence à la loi en la matière. Dans toutes les autres démocraties, la protection de la liberté c'est la loi. Il n'y a aucune raison pour que nous changions d'avis parce que le gouvernement cherche à se sortir du mauvais pas dans le quel il s'est fourré.

Interview de Jean-Pierre Dubois par Emilie Jardin
(le vendredi 19 septembre 2008)

Publié dans Politique Générale

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