Education: démagogie et défausse

Publié le par Cohérence et Espoir 94

Éducation : démagogie et défausse.

Face à la récession et dos au mur, le plan de rigueur gouvernemental avance masqué. C’est une rigueur qui multiplie les effets d’annonce pour mieux égarer les usagers. La politique développée dans les écoles primaires relève de cette technique : une approche démagogique des questions éducatives couplée à un transfert de charges conséquent de l’État vers les communes.

Trois exemples aujourd’hui :

- le modèle marchand du soutien scolaire appliqué à l’école publique
- le service municipal d’accueil
- le remodelage des horaires scolaires

Démagogie et soutien scolaire

Couplée à une réforme éducative qui évoque fort le retour au bon vieux temps (à bas les pédagogues et les soixante-huitards, vive la mémoire et foin de la pensée…), la formule de soutien scolaire gratuit en maths et en français mise en place cette année pendant les vacances scolaires a sans doute séduit les parents : elle ressemble aux produits du marché, porte sur les mêmes périodes, se passe à coté de chez soi, etc.

Cette formule souffre d’un manque certain d’évaluation et son efficacité n’est aujourd’hui pas garantie. Il faut en outre préciser que les coûts de cette opération publicitaire viennent en déduction des dotations réservées aux programmes de réussite éducative mis en place dans le cadre du plan de cohésion sociale et destinés aux élèves les plus fragilisés des zones urbaines sensibles et de l’éducation prioritaire et qu’en aucun cas, ils ne peuvent s’y substituer.

Défausse et service minimum

Avec la loi sur le droit d’accueil, qui prévoit qu’au-delà de 25% de grévistes dans une école, la municipalité doit faire assurer l’accueil des enfants par des employés communaux, le gouvernement prend les communes en otage. Nombre d’entre elles ne seront pas en mesure d’assumer cette obligation (20 000 au moins d’après l’AMF). Pour les autres cela sera complexe et coûteux. Qu’importe, le gouvernement a réussi son opération de communication : laisser croire aux familles que la question est réglée. Si ça ne fonctionne pas, les parents demanderont des comptes aux communes.

Derrière ce paravent démagogique, se profile un dessein nettement plus pernicieux. - tout autre que celui de l’accueil des enfants les jours de grève. En effet, plus que les jours de grève, ce sont les remplacements non assurés au quotidien auxquels les parents sont particulièrement sensibles. Dans le prolongement de cette loi (il suffirait d’y rajouter un ou deux articles) et en commençant par les remplacements d’absences » imprévisibles », le gouvernement pourrait se dégager de son obligation de remplacer un enseignant par un enseignant et se décharger des remplacements sur un service d’accueil / garderie organisé par les communes – mesure d’autant plus nécessaire qu’on supprime massivement des postes (11200 en 2008, 17000 annoncées pour 2009).

Brouillard sur la semaine scolaire

Réparties sur quatre jours à la rentrée 2008, les 24 heures hebdomadaires de service des enseignants du premier degré pourraient de nouveau se trouver réparties sur 9 demi-journées à la rentrée suivantes, avec 3h le mercredi matin. Sur quatre jours, en effet, l’organisation de la prise en charge de petits groupes d’élèves repérés en difficulté (2heures par enseignant et par semaine) ou de l’accompagnement éducatif « l’école après l’école » - actuellement pour l’éducation prioritaire mais généralisé en 2009 – est complexe et conduit pour certains élèves à des journées très longues. Avec 9 demi-journées, la sortie interviendrait plus tôt et dégagerait du temps pour les autres activités sans allonger la journée de travail des élèves concernés.

Ces temps scolaires modulés ne seront pas sans poser de problèmes d’organisation (notamment dans les campagnes pour les transports scolaires ou pour certaines fratries concernées). La part qui sera prise par les communes dans « l’animation » du temps libéré est encore très floue. On peut se douter que l’enjeu des discussions qui vont avoir lieu pour préparer la rentrée prochaine entre l’État et les municipalités sera une nouvelle répartition de la compétence « éducation » entre ces deux acteurs, consacrant à coup sûr un nouveau désengagement de l’État.

Cette politique de gestion de la pénurie est au service d’une idéologie libérale qui est en totale  rupture avec l’idéologie de la République : demain, peut-être déjà, l’école cessera d’être le vecteur du changement social, de la transmission des valeurs émancipatrices et libératrices de la laïcité républicaine.

Elle deviendra alors une sorte de grand marché des connaissances où chacun devra acheter selon ses moyens : discount des exclus, boutiques de luxe des grands centres urbains ou vastes supermarchés du tout venant.

A l’instar de la poste et d’autres services autrefois publics, l’éducation nationale va se disloquer en ghettos juxtaposés et superposés sur le territoire, fermant pour longtemps la porte à la mixité et à la cohésion sociale, l’ouvrant largement au communautarisme et à l’investissement privé. Mobilisons nous, pesons sur le gouvernement !

Marc Scotto
Secrétaire de la section de Choisy
marc.scotto@gmail.com

Publié dans Politique Générale

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