Interview de François Hollande (14/08/08)

Publié le par Cohérence et Espoir 94

  La croissance française au second trimestre s'est établie à – 0,3 %. A qui la faute ? A l'environnement international ? Au gouvernement français ?

François Hollande : La France subit le même contexte macroéconomique que ses partenaires : un euro fort, même si on est sans doute entré dans une autre phase depuis quelques jours, le pétrole cher et des taux d'intérêt élevés. Mais la piètre performance française est aussi la conséquence de la politique menée par le président de la République et le gouvernement. Nicolas Sarkozy a gaspillé les marges de manœuvre budgétaires dont nous disposions. Aujourd'hui, nous sommes sans munition pour réarmer la machine. Certains économistes disent que le plan de relance Tepa (travail, emploi, pouvoir d'achat) de l'été 2007 a permis d'amortir la crise.

Le gouvernement a dépensé de l'argent public pour des motifs qui n'étaient pas les bons. Il ne l'a pas fait pour relancer l'économie mais pour favoriser des clientèles électorales. Le bouclier fiscal, accordé aux plus riches, n'a eu aucun effet sur la consommation des ménages. Les mesures d'exonération de l'impôt de solidarité sur la fortune n'ont pas permis de relancer l'investissement. Les déductions d'impôt sur les emprunts ont été neutralisées par la remontée des taux d'intérêt. C'est un échec.

Les objectifs de croissance pour 2008 sont-ils compromis ?

Bien sûr. Ce n'est pas 2 % de croissance que nous aurons, au mieux un peu plus de 1 %. Les déficits publics seront en fin d'année au-dessus de 3 % du PIB. Le gouvernement n'aura pas d'autre choix que de laisser filer les déficits, prendre des mesures de réduction des dépenses ou augmenter les impôts. Le président s'est trompé par suffisance, en menant des politiques qui ne marchaient pas. Par indifférence, en restant sourd aux indicateurs économiques. Par négligence, en ne prenant pas les actions qu'il aurait fallu engager tout de suite. Résultat : il est dos au mur et les poches vides.

Que feriez-vous aujourd'hui si le Parti socialiste gouvernait ?

Il faut très rapidement relancer la machine économique. En agissant sur l'offre, avec une baisse de l'impôt sur les sociétés à 20 % sur la part des bénéfices réinvestis, et une hausse en parallèle à 40 % pour les bénéfices distribués. Nous compléterions cette mesure par un allégement de la taxe professionnelle pour les nouveaux investissements.

Il faut aussi redonner du pouvoir d'achat aux Français en augmentant, dès la fin août, de 25 % l'allocation de rentrée scolaire et en mettant en place le chèque transport : une déduction fiscale pour toute participation des entreprises aux frais de transport de leurs salariés. Enfin, il faut mobiliser l'épargne en faveur des PME. Le gouvernement socialiste créerait, sur le modèle du LivretA, un livret d'épargne dont la collecte financerait les investissements des PME.

Votre plan coûterait-il cher ?

Non. La première mesure est neutre fiscalement, la troisième ne coûte rien. La relance du pouvoir d'achat se chiffre à un milliard d'euros. En revanche, nous dégagerions rapidement de nouvelles marges de manœuvre budgétaires en remettant en cause les cadeaux fiscaux de l'été dernier.

A l'exception de la mesure sur les heures supplémentaires, qu'il faut intégrer à une réflexion plus large sur les 30 milliards d'euros d'allégements de charges accordés aux entreprises. Je propose de les conditionner à la conclusion positive de négociations sur les hausses des salaires, non à la simple ouverture de discussions, et de diminuer les cotisations sociales des entreprises qui créent ou préservent des emplois.


Propos recueillis par Christophe Jakubyszyn

Publié dans Politique Générale

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