Interview de Julien Dray dans le Parisien

Publié le par Cohérence et Espoir 94

Source : Le Parisien / Aujourd'hui en France 3/08/2008

Le PS est mal en point et peu audible. Comment allez-vous faire pour redresser la barre?
Julien Dray.
Le principal problème du PS, ce sont ses divisions. Elles en deviennent un atout pour Nicolas Sarkozy, qui en joue quand il est en difficulté. Trop de dirigeants socialistes oublient, quand ils s'expriment, l'intérêt général. Si, à chaque fois qu'une décision collective est prise, il se trouve une ou plusieurs voix pour exprimer sa différence, comment voulez-vous que le citoyen s'y retrouve ?

 

Le PS va-t-il exclure Jack Lang qui a fait bande à part au moment du vote de la réforme constitutionnelle ?

Jack Lang ne participait plus depuis des mois à la vie collective du Parti. J'en suis triste : il faudra bien trancher, même si cela doit être déchirant.

 

Le PS doit-il s'opposer systématiquement à Nicolas Sarkozy ?

Spontanément, j'aurais envie de vous dire oui, tellement nous ne pouvons nous reconnaître dans les projets de loi votés ces dernières semaines : détricotage du droit du travail, paquet fiscal, heures sup, franchises médicales, suppressions de postes dans l'éducation nationale. Tout cela pour un échec patent en matière de pouvoir d'achat. Mais opposition rime pour moi avec proposition, c'est d'ailleurs ce que nous avons fait dans tous les débats parlementaires. Il n'y a donc aucun a priori systématique.

 

Mais comment lui répliquer ? Vous paraissez hésiter sur la stratégie à adopter...

En privilégiant nos réponses collectives, en restant groupés. Sinon chaque faille est utilisée. Je remarque que lors des municipales, et sur la question du pouvoir d'achat, nous avons su nous faire entendre des Français. La leçon stratégique est simple : ni diabolisation ni naïveté, mais unité.

 

Quelle est la première critique que vous faites au chef de l'Etat ?

Sa politique est anxiogène, car il se trompe de A à Z sur le plan économique. Au lieu de redonner confiance aux salariés et aux petites et moyennes entreprises par un soutien à la consommation, par des investissements publics forts, par une politique de grands projets industriels européens, il aligne des mesures idéologiques qui allument des incendies et divisent nos concitoyens. Il mène en fait une vieille politique de l'offre, dérégulatrice et brutale.

 

Dans la perspective du Congrès de Reims en novembre, vous venez de signer un texte avec des proches de François Hollande, de Ségolène Royal et de Bertrand Delanoë. C'est un signal ?

Oui. Nous disons qu'une majorité et une équipe de direction doivent se construire autour de quatre questions clés : la nature de l'opposition ; la revendication d'une nouvelle politique de production et de redistribution des richesses ; l'affirmation du rassemblement de la gauche et le refus des renversements d'alliance ; la réorganisation du fonctionnement du PS autour d'un pacte majoritaire, fondé sur la solidarité de ceux qui auront à le représenter.

 

Pour vous, la future majorité socialiste est en train de se dessiner ?

Quand je lis les textes de Bertrand Delanoë, François Hollande et Ségolène Royal, je ne vois pas d'énormes différences, à moins de vouloir cultiver virgules et nuances. Si nous voulons construire une nouvelle cohérence, avec une majorité claire qui respecte la minorité et assume pleinement ses responsabilités, nous devons travailler tous ensemble. Ce serait bien également que ce contrat de direction soit élargi à Henri Emmanuelli et Benoît Hamon, et au pôle écologiste. Cela ferait une belle majorité !

 

Et Martine Aubry, qu'en faites-vous ?

Martine Aubry, Pierre Moscovici, et semble-t-il Laurent Fabius ont fait un choix différent. A eux maintenant d'afficher ce qui les réunit et de s'organiser.

 

On va dire que vous êtes le candidat de Hollande...

Le prochain Premier secrétaire du PS ne peut être le candidat d'untel ou d'untel. J'ai travaillé avec François, j'ai été son porte-parole et je ne suis pas de ceux qui portent sur sa gestion un jugement négatif. Je sais les difficultés qu'il a eu à affronter. Je ne dis pas que j'aurais toujours fait à sa place les mêmes choix, mais son expérience, je la revendique.

 

Vous pensez sérieusement que vous pouvez être demain le Premier secrétaire du PS ?
Les militants souhaitent un parti uni et cohérent. Ils vont chercher un homme ou une femme d'expérience qui soit totalement dévoué à cette cause. A ce titre, j'ai une petite chance.

 

Evoquant l'argent que va toucher Bernard Tapie dans l'affaire du Crédit lyonnais, Eric Woerth, le ministre du Budget, rappelle que Tapie a été ministre de François Mitterrand et estime qu'on solde aujourd'hui les «années Mitterrand»...

Si l'on veut parler des années fric, je ne crois pas que l'actuel gouvernement soit le mieux placé pour donner des leçons de morale. Que le citoyen Tapie ait la volonté d'être indemnisé, je ne le conteste pas. Ce que je conteste, c'est la procédure peu transparente adoptée par le gouvernement. Y compris pour fixer le montant de l'indemnisation que va toucher Bernard Tapie.

 

Le Dalaï Lama sera reçu le 13 août à Paris au Sénat. Quelle est la position du PS vis-à-vis de la Chine ?

Je reproche à la diplomatie française ses zig-zags. Un jour, on fait du Dalaï Lama une sorte de représentant universel des droits de l'homme. Un autre, pour rattraper ces excès, on ferme les yeux sur les atteintes à la liberté d'expression. La diplomatie allemande est autrement plus efficace et plus raisonnable. Il aurait fallu moins de démesure. On s'est privé, dans la phase de préparation des Jeux, de la possibilité de faire évoluer la Chine. De la même façon, je suis pour qu'on discute avec la Syrie, mais pas pour qu'on déroule le tapis rouge quand Bashar el Assad vient à Paris le 14 juillet. Tout cela nous renvoie à la personnalité de Nicolas Sarkozy: il en fait toujours trop et, après, il essaie de se rattraper.

 

Que vous inspire la sciatique de François Fillon ?

J'en parle en connaissance de cause. Premièrement, ça fait mal. Deuxièmement, il y a toujours derrière cela un problème psychosomatique. Fillon a la «solution» à sa sciatique: elle est dans sa tête. Ce ne doit pas être simple d'être au quotidien le Premier ministre de Sarkozy!

Publié dans Parti Socialiste

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