« Le président est dans la boulimie »

Publié le par Cohérence et Espoir 94

Propos recueillis par Eric Hacquemand

vendredi 11 juillet 2008 | Le Parisien

FRANÇOIS HOLLANDE, premier secrétaire du PS

Nicolas Sarkozy prétend réformer la France en profondeur, partagez-vous ce point de vue ?

François Hollande. Il ne réforme pas la France, il la bouscule, la chahute, la déséquilibre. Lorsqu'il remet en cause les 35 heures, Nicolas Sarkozy va jusqu'à chambouler l'organisation du temps de travail au détriment des cadres et, par la suite, de l'ensemble des salariés.

Quand il évoque l'institution militaire, le président la brusque au point de la crisper. Sarkozy divise, stigmatise et, finalement, casse. Si la France était vraiment reformée, les Français en verraient les résultats. Or ni la croissance ni le pouvoir d'achat ne se redressent. Et les déficits publics n'ont jamais été aussi élevés !

Ne faut-il pas laisser à la réforme le temps de produire ses effets ?

Quand il s'agit d'accorder des largesses aux plus favorisés, Nicolas Sarkozy sait aller vite. Au lendemain de son élection, le paquet fiscal a été mis en oeuvre : aujourd'hui, des chèques de 50 000 en moyenne sont adressés à des ménages qui n'en ont pas besoin. L'exonération des droits de succession et les allégements d'impôt sur la fortune profitent aux ménages les plus riches... Il s'est ainsi privé de toute marge de manoeuvre pour mener des réformes utiles pour les plus fragiles.

« S'exprimer devant le Parlement, comme si parler presque chaque soir à la télévision ne lui suffisait pas... »

Mais le revenu minimum de solidarité active, par exemple, leur est destiné...

Cette mesure peut permettre le retour au travail des érémistes. Mais qui la financera ? Les actuels bénéficiaires de la prime pour l'emploi, c'est-à-dire les salariés payés légèrement au-dessus du smic. Comme si c'était aux smicards d'assumer la solidarité envers les plus modestes qu'eux. Cette façon de faire est moralement insupportable.

Lui reconnaissez-vous un certain volontarisme ?

Le matin, avant même que je ne lise les journaux, je sais que Sarkozy va prendre une initiative nouvelle. Il veut saturer tout l'espace médiatique. Il est en quelque sorte dans la boulimie de l'expression. Du coup, les Français ne comprennent plus le sens de son action. Le président est un zappeur : chaque jour une annonce supplémentaire, un déplacement spectaculaire.

Ce train de réformes suit un cap, ou Sarkozy agit au coup par coup ?

Les deux. Le modèle que le président s'est donné pour la France est celui des sociétés anglo-saxonnes. Son projet, c'est l'individualisation des rapports sociaux : chacun doit désormais se débrouiller tout seul. Mais il y a aussi chez lui une large part d'improvisation fondée toujours sur la même méthode.

Laquelle ?

Chercher un adversaire, opposer les Français entre eux. Un jour, les enseignants, le lendemain les fonctionnaires, le surlendemain les syndicats, et puis c'est au tour des agents de l'audiovisuel public, des journalistes indisciplinés, des élus locaux impécunieux, de la Banque centrale européenne... Bref, ce n'est jamais lui le responsable !

Quelle réforme vous paraît la plus nocive ?

Celle sur le temps de travail. Elle va laisser toute liberté aux entreprises d'organiser comme elles l'entendent le travail. Chacun se trouvera ainsi à la merci d'un rapport de force imposé sans véritable contrepoids syndical. La vie des salariés au travail va se dégrader et, partant, celle de leurs familles.

Quelle décision pourrait être profitable aux Français ?

La méthode du Grenelle de l'environnement était bonne, le résultat intéressant, mais la mise en oeuvre décevante. La réforme des institutions partait d'une bonne intention. Mais, malgré nos propositions, le chef de l'Etat a choisi la frilosité et atteint son objectif : venir s'exprimer devant le Parlement, comme si parler presque chaque soir à la télévision ne lui suffisait pas... Il eût été possible de moderniser la République et de mieux représenter les Français à travers de nouveaux modes de scrutin. Encore une occasion ratée.

Publié dans Parti Socialiste

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